Le ʿaṭf nasaq : une « coordination » pléonastique ? Contribution à l’histoire de la grammaire arabe

Parmi les cinq appositifs que reconnaît la grammaire de l’arabe classique, deux se présentent sous la forme de compléments du nom. Il s’agit de ʿaṭf bayān (« apposition explicative ») et de ʿaṭf nasaq (« coordination »), tous deux composés d’un premier terme, ʿaṭf, qui signifie « adjonction », « ave...

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Detalles Bibliográficos
Publicado en:URI:https://journals.openedition.org/hel,
Autor principal: Sartori, Manuel
Formato: Article ou chapitre numérique
Lenguaje:Français
Publicado: Histoire Épistémologie Langage 2021
Materias:
Acceso en línea:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Descripción
Sumario:Parmi les cinq appositifs que reconnaît la grammaire de l’arabe classique, deux se présentent sous la forme de compléments du nom. Il s’agit de ʿaṭf bayān (« apposition explicative ») et de ʿaṭf nasaq (« coordination »), tous deux composés d’un premier terme, ʿaṭf, qui signifie « adjonction », « avec ». Si les trois autres appositifs, naʿt/ṣifa (« qualification »), tawkīd (« corroboration ») et badal (« permutation ») relèvent d’une dénomination fonctionnaliste, il n’en va pas de même de ʿaṭf bayān (« apposition explicative ») et ʿaṭf nasaq. Cet article propose de faire l’histoire terminologique de l’expression ʿaṭf nasaq. Ceci a tout d’abord pour vertu de montrer que si cette terminologie semble être la seule à être utilisée par les grammaires arabes modernes ou arabisantes, il n’en va pas de même, loin de là, pour les grammairiens médiévaux. Parmi ces derniers, ceux à en faire usage sont pour la plupart liés à l’Occident arabe, d’une part, et soit au Ǧumal de Zaǧǧāǧī (m. 337/949), soit à la ʾAlfiyya d’Ibn Mālik (m. 672/1274), d’autre part. Cette histoire terminologique montre également que les deux termes qui composent l’expression ʿaṭf nasaq sont conçus par certains des grammairiens médiévaux comme strictement équivalents et donc interchangeables, ce qui expliquerait alors que seule une minorité de grammairiens font usage de l’expression ʿaṭf nasaq. Il semble pourtant que cette équivalence n’est pas stricte et qu’il s’agit plutôt d’une relation d’hyperonyme à hyponyme. Enfin, cette histoire terminologique montre qu’au moins sous forme d’une coïncidence, l’expression ʿaṭf nasaq, outre d’être relativement tardive pour la grammaire arabe classique, datant au moins du vie/xiie siècle, pourrait rejoindre ses équivalents grec et latin, syndesmos et coordinatio, qui désignent exactement le même procédé grammatical en se reposant sur les mêmes notions d’« ajout » de « lien » et d’« ordonnancement ».