Le « hors champ » du sexuel : les Anciens et les relations entre femmes

Les récents travaux portant sur les sexualités dans le monde antique gréco-romain (ou du moins sur les pratiques que nous, modernes, regroupons sous cette dénomination) ont mis au jour une construction des catégories très particulière et très différente des constructions actuelles. Dans le monde ant...

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Detalles Bibliográficos
Publicado en:URI:https://journals.openedition.org/gss,
Autor Principal: Boehringer, Sandra
Formato: Article ou chapitre numérique
Idioma:Français
Publicado: Genre, sexualité et société 2009
Sujets:
Acceso en liña:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Descripción
Résumé:Les récents travaux portant sur les sexualités dans le monde antique gréco-romain (ou du moins sur les pratiques que nous, modernes, regroupons sous cette dénomination) ont mis au jour une construction des catégories très particulière et très différente des constructions actuelles. Dans le monde antique, en effet, l’opposition homme/femme n’est pas l’opposition première et l’identité de sexe du partenaire n’est pas le critère essentiel pris en considération pour évaluer moralement la sexualité d’un individu : les catégories « homosexuels » et « hétérosexuels » y sont anachroniques. Pourtant, alors que les pratiques sexuelles sont évaluées à l’aune de la citoyenneté et de la maîtrise de soi (croisées avec d’autres critères comme l’âge ou les modalités des rapports), il apparaît qu’un groupe est perçu d’une façon très particulière (et jusqu’à présent peu étudiée) : les femmes qui ont des relations sexuelles avec des femmes. Ces pratiques suscitent des réactions fortes chez les Anciens, perceptibles dans le traitement iconographique et littéraire. Du silence complet et déshumanisant (à l’époque grecque classique) au discours de condamnation par la construction de figures repoussoirs de femmes hors normes (à l’époque romaine), les Anciens réintroduisent le critère de l’identité de sexe là où, a priori, il n’était pas pertinent. L’étude des sources antiques pose la question de la norme et du monstrueux, et révèle des systèmes sociaux fortement codifiés où les limites du « champ » et du « hors champ » dessinent les limites de l’humain.