De la centralité ouvrière à la précarité générale

Dans la tradition marxiste et communiste, une tension fondamentale habite le travail (et par conséquent le mouvement ouvrier en tant que sujet politique) : d’une part, la puissance qui s’exprime dans cette activité est la condition de la liberté et de l’épanouissement de l’existence humaine ; d’autr...

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Τόπος έκδοσης:URI:https://journals.openedition.org/grm,
Άλλοι συγγραφείς: Cavazzini, Andrea
Μορφή: Article ou chapitre numérique
Έκδοση: Cahiers du GRM 2023
Διαθέσιμο Online:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Περιγραφή
Περίληψη:Dans la tradition marxiste et communiste, une tension fondamentale habite le travail (et par conséquent le mouvement ouvrier en tant que sujet politique) : d’une part, la puissance qui s’exprime dans cette activité est la condition de la liberté et de l’épanouissement de l’existence humaine ; d’autre part, cet épanouissement ne peut advenir réellement que par-delà le travail lui-même. Une telle tension va habiter le mouvement ouvrier jusqu’à la transformation, vers la fin de la « séquence rouge » italienne et au sein de la matrice théorique opéraïste, de la « centralité ouvrière » en « refus du travail ». Mais l’être-au-travail aujourd’hui ne semble plus pouvoir s’exprimer dans les figures historiques de l’élite ouvrière, syndicaliste-révolutionnaire et conseilliste, ou de l’ouvrier-masse, gréviste systématique et saboteur, ni dans celle du prolétaire « social », qui refuse le travail et vise l’appropriation directe de la richesse et du temps. La « condition précaire », affectant désormais aussi le travailleurs en quelque sorte « stabilisés », semble incarner une figure où se concentrent l’horizon d’une adaptabilité indéfinie et une passivité que l’on pourrait presque qualifier d’extatique à l’égard de toutes les forces et les processus qui traversent une humanité vidée de toute substance. La précarisation imposée aux travailleurs ne devient-elle pas le vecteur de mutations qui touchent tous les aspects de la vie humaine, dès lors que l’impossibilité de s’enraciner dans sa propre activité laborieuse exprime une incapacité plus générale des sociétés contemporaines d’instituer et d’enraciner les conditions de l’existence et l’usage doté de sens des capacités humaines ?