Des héros de la souffrance solitaire : figure du coureur et de la coureuse dans la fiction contemporaine

Les coureurs de haut niveau et les héros paraissent souvent être faits de la même étoffe, par leur dépassement physique total et leur vocation de porte-étendard d’une communauté. Devant cette association naturelle, il ne reste plus qu’à supposer que les fictions littéraires consacrées à des figures...

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Dettagli Bibliografici
Pubblicato in:URI:https://journals.openedition.org/fixxion,
Autore principale: Lefebvre-Côté, Béatrice
Natura: Article ou chapitre numérique
Lingua:Français
Pubblicazione: Revue critique de fixxion française contemporaine 2026
Soggetti:
Accesso online:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Descrizione
Riassunto:Les coureurs de haut niveau et les héros paraissent souvent être faits de la même étoffe, par leur dépassement physique total et leur vocation de porte-étendard d’une communauté. Devant cette association naturelle, il ne reste plus qu’à supposer que les fictions littéraires consacrées à des figures de la course à pied érigeront elles aussi leurs personnages en héros. C’est ici que survient la première hypothèse de cet article : contrairement à d’autres discours, le discours littéraire résiste souvent à l’héroïsation en exploitant les failles de personnages, dont la trajectoire biographique souligne les hasards, les échecs et les exclusions de la mémoire. À côté de cette sacralisation refusée d’athlètes se trouve, et c’est là la seconde hypothèse de cet article, une autre tentation des écrits littéraires : celle de transformer les coureurs en champions de la souffrance solitaire, comme s’ils échappaient au destin de héros par leur incapacité à trouver une place dans leur société. Il semble que leur édification en figures solitaires prépare et justifie déjà leur sortie en demi-teintes du stade et leur relégation relative à l’oubli. Ainsi, trois romans serviront à l’exploration de la figure du coureur et de la coureuse : Courir (2008) de Jean Echenoz, Girl Runner (2014) de Carrie Snyder et Le cœur de Pélican (2015) de Cécile Coulon. L’ascension et la chute du vrai Emil Zátopek, de la fictive Aganetha Smart et du fictif Anthime seront analysées afin de faire ressortir la lutte entre leur héroïsation et leur marginalisation. De cette étude émerge alors une résistance de la fiction à la transfiguration d’individus de sang et de sueur en statues médiatiques, lisses et muettes.