Exprimer la douleur au xviiie siècle. Récits et figurations

Au XVIIIᵉ siècle, la représentation des émotions humaines - et de la douleur en particulier - se détache de la vision religieuse du XVIIᵉ siècle pour s’inspirer des modèles antiques ou renaissants, des arts de la scène ou des théories médicales. Les artistes suivent la codification des passions init...

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In:URI:https://journals.openedition.org/etudes18,
Main Author: Stentz, Barbara
Format: Article ou chapitre numérique
Language:Français
Published: Études sur le XVIIIe siècle 2025
Subjects:
Online Access:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Description
Summary:Au XVIIIᵉ siècle, la représentation des émotions humaines - et de la douleur en particulier - se détache de la vision religieuse du XVIIᵉ siècle pour s’inspirer des modèles antiques ou renaissants, des arts de la scène ou des théories médicales. Les artistes suivent la codification des passions initiée par Charles Le Brun, centrée sur l’analyse du visage. Ce modèle, dominant jusqu’à Dandré-Bardon, est critiqué pour son caractère figé. Claude-Henri Watelet propose une approche plus nuancée, marquant le passage d’une conception universelle des passions à une vision individualisée basée sur des signes extérieurs variés.La douleur devient alors un lien entre physique et moral, révélant une énergie vitale, dans le contexte du passage du mécanisme au vitalisme. Dans l’art antique, comme dans le Laocoon, elle s’exprime par la tension perceptible dans les muscles, les nerfs et l’épigastre. La contraction musculaire devient signe de grandeur morale et d’héroïsme. Les nus masculins, étudiés par Houdon et David, valorisent la force et la volonté, rompant avec la mollesse galante.Cette esthétique, influencée par le vitalisme et les théories mesmériennes, associe souffrance et régénération : la douleur devient marqueur de vie et de puissance. Les artistes néoclassiques, inspirés par l’idéal antique et l’image du « sauvage », exaltent endurance et maîtrise de soi, opposées aux artifices européens, pour retrouver une force primitive.À la fin du siècle, la virilité s’impose comme norme esthétique et morale, en réaction à une féminisation jugée décadente. La rectitude corporelle, associée à la force physique et morale, influence la pédagogie, les discours médicaux et les arts. Cette polarisation valorise une douleur masculine, intériorisée et durable, opposée à une douleur féminine considérée superficielle, inscrivant la misogynie dans les représentations néoclassiques.