L’homme-végétal et les ébauches de la nature au xviiie siècle

Au XVIIIᵉ siècle, malgré la rationalisation des sciences naturelles, l’imaginaire des êtres hybrides persiste. Holberg imagine des créatures mi-homme mi-arbre, tandis que Restif de La Bretonne décrit des formes mixtes homme-animal, mais jamais végétales. Assimiler l’homme à la plante reste ambigu et...

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Pubblicato in:URI:https://journals.openedition.org/etudes18,
Autore principale: Guédron, Martial
Natura: Article ou chapitre numérique
Lingua:Français
Pubblicazione: Études sur le XVIIIe siècle 2025
Soggetti:
Accesso online:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Descrizione
Riassunto:Au XVIIIᵉ siècle, malgré la rationalisation des sciences naturelles, l’imaginaire des êtres hybrides persiste. Holberg imagine des créatures mi-homme mi-arbre, tandis que Restif de La Bretonne décrit des formes mixtes homme-animal, mais jamais végétales. Assimiler l’homme à la plante reste ambigu et peu valorisant, bien que la langue regorge de métaphores potagères (« asperge », « poireauter »…). L’homme-végétal demeure une figure marginale, poétique plus que scientifique, révélant la tension entre imaginaire et rationalité des Lumières.À la fin du siècle, la caricature commence à végétaliser l’humain, associant vices et excroissances végétales. Gillray caricature William Pitt en champignon aux racines tentaculaires dessinant la couronne royale. Mais l’analogie dépasse la caricature : médecins et philosophes comparent fibres musculaires, réseaux vasculaires et ramifications nerveuses aux structures végétales. La Mettrie, auteur de L’Homme-Machine et L’Homme-Plante, illustre cette pensée où le corps est perçu comme une « machine végétale », sensible et organisée. L’idée d’une continuité entre les règnes nourrit des analogies audacieuses : la nature, selon Robinet, progresse par ébauches jusqu’à l’homme, forme la plus parfaite.Ces rapprochements s’étendent aux organes sexuels, interprétés à la lumière de la classification linnéenne : étamines et pistils deviennent des modèles pour décrire les organes reproducteurs. Robinet et Sue prolongent ces métaphores, mêlant science et imaginaire. Robinet va jusqu’à décrire des navets anthropomorphes ou des raves en forme de main, preuves par l’image d’une nature artiste. Ces représentations, héritées des curiosités et des gravures savantes, entretiennent la fascination pour l’homme-végétal. Mais au XIXᵉ siècle, ce rêve cède la place à la caricature et au calembour, où la fusion homme-plante devient satire sociale et politique.