L’histoire naturelle dans les marges : écrire dans et à partir des livres. Le cas de Jean Hermann

Jean Hermann, professeur strasbourgeois, associe à ses spécimens une vaste bibliothèque de 12 000 ouvrages, qu’il annote systématiquement. Sur 354 livres étudiés, 276 portent ses notes, réparties entre pages liminaires (évaluations, références) et corps du texte (commentaires, mises en relation). Il...

Cijeli opis

Spremljeno u:
Bibliografski detalji
Izdano u:URI:https://journals.openedition.org/etudes18,
Glavni autor: Rusque, Dorothée
Format: Article ou chapitre numérique
Jezik:Français
Izdano: Études sur le XVIIIe siècle 2025
Teme:
Online pristup:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Opis
Sažetak:Jean Hermann, professeur strasbourgeois, associe à ses spécimens une vaste bibliothèque de 12 000 ouvrages, qu’il annote systématiquement. Sur 354 livres étudiés, 276 portent ses notes, réparties entre pages liminaires (évaluations, références) et corps du texte (commentaires, mises en relation). Il ne recourt pas à des carnets autonomes mais consigne ses observations botaniques et zoologiques, et transforme ainsi ces exemplaires en véritables laboratoires scripturaires. Ces annotations, issues de lectures comparatives et de pratiques de terrain, prolongent les descriptions, actualisent les nomenclatures et intègrent des références à des autorités telles que Linné ou Roesel. Ce « bricolage savant » brouille la frontière entre annotateur et auteur : l’écriture repose sur des opérations de compilation, de confrontation et d’assemblage, où le livre devient un espace de production. Ainsi, les exemplaires annotés de Linné et de Mappus constituent des embryons d’œuvres, dont certaines observations furent reprises par ses élèves, notamment Nestler, et valorisées par Kirschleger dans sa Flore d’Alsace (1857). L’annotation apparaît ainsi comme une étape préparatoire à la mise en texte, fondée sur la compilation et la confrontation des savoirs. Elle illustre la continuité entre culture imprimée et manuscrite et révèle une conception pragmatique de l’écriture scientifique au XVIIIᵉ siècle, où la marge devient un lieu actif de création et de circulation des savoirs. Les livres annotés circulent, se recomposent et participent à la construction collaborative du savoir naturaliste, transformant le livre en un lieu de savoir ouvert, à la fois outil de travail et support d’invention.