Stanley Kubrick : le corps et l’esprit. Volonté de puissance et Mètis dans l’œuvre du cinéaste

Selon Gilles Deleuze, le cinéma de Kubrick est un « cinéma du cerveau » (Gilles Deleuze, L’Image-temps. Cinéma 2, Minuit, Paris, 1985, p. 267-268) plutôt qu’un cinéma du corps, c’est-à-dire un cinéma où c’est d’abord et avant tout « le cerveau qui est mis en scène » (ibid). Penser les rapports entre...

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Τόπος έκδοσης:URI:https://journals.openedition.org/essais,
Κύριος συγγραφέας: Azulys, Sam
Μορφή: Article ou chapitre numérique
Γλώσσα:Français
Έκδοση: Essais 2019
Θέματα:
Διαθέσιμο Online:Accès Université d'Orléans et IFPM
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Περιγραφή
Περίληψη:Selon Gilles Deleuze, le cinéma de Kubrick est un « cinéma du cerveau » (Gilles Deleuze, L’Image-temps. Cinéma 2, Minuit, Paris, 1985, p. 267-268) plutôt qu’un cinéma du corps, c’est-à-dire un cinéma où c’est d’abord et avant tout « le cerveau qui est mis en scène » (ibid). Penser les rapports entre le corps et l’esprit dans le cinéma de Kubrick nous paraît être un enjeu d’autant plus fondamental que son cinéma a longtemps été envisagé comme un « monde-cerveau » façonné par un démiurge perfectionniste jusqu’à l’obsession. Le « monde-cerveau » – autre expression deleuzienne – de Kubrick semble pourtant toujours menacé par une entropie galopante qui, dans la plupart des cas, le fait, in fine, basculer dans le chaos.Cependant, même si Kubrick adopte effectivement l’approche distanciée et analytique d’un diagnosticien soucieux de mettre au jour l’irrationalité pathologique d’un monde occidental en déroute, il nous semble accorder un profond intérêt à la question du corps. C’est pourquoi l’idée deleuzienne selon laquelle, dans l’œuvre de Kubrick, les attitudes du corps dépendent toujours du cerveau mérite, selon nous, d’être discutée. En effet, une approche dualiste et finalement réductrice ne semble pas rendre justice à la complexité des rapports qu’entretiennent le corps et l’esprit dans le cinéma de Kubrick.Nous tenterons de montrer que le cinéaste, loin de s’en tenir à « l’identité du monde et du cerveau » comme le suggère Deleuze, propose une physiologie du sujet-vivant qui n’est pas si éloignée de l’approche nietzschéenne. Ainsi, lorsque les forces vitales se sont amenuisées, le néant de volonté peut se transformer en volonté de néant, c’est-à-dire en une volonté de puissance dévoyée, comme c’est par exemple le cas dans Docteur Folamour ou Orange Mécanique. Or, cette volonté de puissance est si débridée que même le nihilisme technologique triomphant ne parvient pas à la canaliser.Dans l’œuvre du cinéaste, c’est donc en réalité le corps qui tient en échec le cerveau. Loin de nous proposer une vision pessimiste et dualiste de l’existence, Stanley Kubrick interroge le rapport du corps et de l’esprit pour réexaminer nos valeurs humanistes à la lumière des mutations technologiques et revaloriser la Mètis, cette intelligence pragmatique liée à la faculté d’improviser que les anciens Grecs identifiaient à la ruse et qui suppose l’existence d’une étroite connivence entre le corps et l’esprit.