Où étiez-vous le 11 septembre 2001 ?

Certaines dates ont marqué plus profondément que d’autres la psyché de la nation américaine : l’attaque de Pearl Harbor, le premier pas de Neil Armstrong sur la lune ou l’assassinat de John F. Kennedy, pour n’en nommer que quelques-unes. H. L. Hix, dans sa contribution au recueil de textes September...

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Shranjeno v:
Bibliografske podrobnosti
izdano v:URI:https://journals.openedition.org/erea,
Glavni avtor: LEGAULT, Jean-François
Format: Article ou chapitre numérique
Jezik:Français
Izdano: E-rea 2011
Teme:
Online dostop:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Opis
Izvleček:Certaines dates ont marqué plus profondément que d’autres la psyché de la nation américaine : l’attaque de Pearl Harbor, le premier pas de Neil Armstrong sur la lune ou l’assassinat de John F. Kennedy, pour n’en nommer que quelques-unes. H. L. Hix, dans sa contribution au recueil de textes September 2001: American Writers Respond, parle de ces événements qui s’impriment dans notre mémoire d’une façon particulière : « Certain unforgettable events become "where were you when" events because they locate us, alerting us to or reminding us of who we are. […] We remember where we were physically when these events occurred, because they tell us where we are spiritually. » (Hix, 2002) Pour Hix, le 11 septembre aurait provoqué massivement une telle remise en question. Je me propose dans un premier temps de circonscrire un objet d’étude : que sont ces événements « où étiez-vous quand ? » et comment nous informent-ils sur la nature particulière du 11 septembre. En effet, il est frappant de constater la régularité avec laquelle on retrouve, dans toute la palette des représentations du 11 septembre, cette localisation du sujet en face de l’événement pris dans sa dimension macroscopique. Dans nombre de récits ou d’essais, en marge de l’événement, les auteurs fournissent avec régularité au lecteur les circonstances dans lesquelles eux-mêmes ont vécu ces événements. En plus de représenter le 11 septembre, ils relatent, consciemment ou non, « leur » 11 septembre. Il n’est pas question ici des récits de type « témoignage » tels qu’on en retrouve dans des ouvrages comme Afterwords: Stories and Reports from 9/11 and Beyond (Editors of Salon, 2002) et Tower Stories: An Oral History of 9/11 (DiMarco, 2007) et qui émanent généralement de personnes ayant été directement en contact avec l’événement. Je m’intéresserai dans le cadre de cet article à la pratique répandue chez ceux qui ont assisté aux événements par l’entremise des médias de raconter le 11 septembre à travers les détails anodins du quotidien dans lequel ils étaient plongés au moment où ils ont reçu la nouvelle. Leur récit personnel passe presque inévitablement par une localisation spatiale précise du type « J’étais au volant de ma voiture » ou « J’étais au travail ». En passant en revue les différentes œuvres et manifestations culturelles qui nous permettent de conceptualiser ce que constitue réellement cette pratique du « où étiez-vous ? », j’aborderai les publicités pour le mémorial à Ground Zero dont le slogan était « Where were you when it happened? », la chanson « Where Were You (When the World Stopped Turning) » de l’artiste country Alan Jackson, le site Web wherewereyou.org, ainsi que diverses occurrences du « Où étiez-vous ? » dans des recueils de fiction et de poésie (Ulrich Beck, 110 Stories et William Heyen, September 2001: American Writers Respond) et des œuvres de fiction (William Gibson, Pattern Recognition). Il s’agira de démontrer comment le « Où étiez-vous ? » constitue un type de mémoire particulier mettant en tension les dimensions micro et macroscopiques de l’événement et s’imposant en filigrane de toute la production culturelle en lien avec le 11 septembre.