Déjouer le spectacle de la violence. Représenter les événements du 11 septembre 2001

Comment représenter les événements du 11 septembre 2001 sans pour autant alimenter le spectacle qui les a déjà mis en forme? Comment aller au-delà du spectaculaire et rejoindre une mise en discours et en image qui permette de dépasser la simple répétition? Il faut déconstruire ce spectacle, défaire...

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Detalhes bibliográficos
Publicado no:URI:https://journals.openedition.org/erea,
Autor principal: GERVAIS, Bertrand
Formato: Article ou chapitre numérique
Idioma:Français
Publicado em: E-rea 2011
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Acesso em linha:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Descrição
Resumo:Comment représenter les événements du 11 septembre 2001 sans pour autant alimenter le spectacle qui les a déjà mis en forme? Comment aller au-delà du spectaculaire et rejoindre une mise en discours et en image qui permette de dépasser la simple répétition? Il faut déconstruire ce spectacle, défaire la représentation et aller contre le grain de l’image. Il faut transformer les tours du World Trade Center en figures de l’imaginaire. Au lieu d’inciter à une exacerbation de la représentation, qui respecte la logique du spectaculaire, il faut chercher à effacer les tours, à les dégager des dispositifs discursifs et iconiques que maintiennent leur présence naïve dans l’imaginaire contemporain pour les réinvestir sur un tout autre mode, opaque plutôt que transparent, à mille lieues des habituels effets de réel. Il faut effacer les tours. C’est bien ce qu’avait compris Art Spiegelman, le dessinateur new yorkais. La livraisondu 24 septembre 2001 du magazine The New Yorker, premier numéro après les événements du 11 septembre, présente en page couverture une œuvre d’une rare intensité. En fait, la une imaginée par Art Spiegelman est une page monochrome où les deux tours du world Trade Center sont figurées en noir sur un fond noir. Leurs contour et forme apparaissent grâce à une légère dépression à la surface du papier. L’œuvre, reproduite sur la page couverture de In the Shadow of No Towers (2004) propose une version minimaliste des attentats, tablant sur l’élimination de la couleur et sur une représentation aux limites de la figuration. Une stratégie complémentaire de cet effacement est proposée par Michal Kosakowski dans son film expérimental Just Like the Movies (21 minutes, 2006). Ce n’est plus l’imaginaire des comics du début du vingtième siècle qui est sollicité, mais celui plus récent de la production hollywoodienne. Le film de Kosakowski est un extraordinaire exemple de « found footage », qui réunit en 21 minutes des extraits de films hollywoodiens pré-11 septembre, montrant hors de tout doute la préfiguration des événements de cette journée. Dans Just Like the Movies, comme dans In the Shadow of No Towers, les tours sont présentes mais sur le mode de l’absence, de la disparition et de la négation. C’est un spectacle en creux qui est offert. On ne voit pas les tours qui s’effondrent, ni les avions qui s’y encastrent, mais ils y sont signifiés par un dispositif filmique étonnant qui transforme les événements de cette journée tragique en véritable figure, en signe complexe que nous nous approprions spontanément et dont nous projetons nous-mêmes les formes et contours en fonction de nos propres savoirs et souvenirs. C’est à rendre compte des projets de Art Spiegelman et de Michal Kosakowski que cet article est consacré. On montrera que c’est en effaçant les tours que ces deux artistes sont parvenus à repenser le sens et la dimension symbolique des événements du 11 septembre 2001.