Récit de guerre et éthique. Singularité, communauté et temporalité Adieu à tout cela de Robert Graves et La main coupée de Blaise Cendrars
Après avoir évoqué brièvement quelques récits de la Grande Guerre selon certaines lignes de partage – idéalisme de la mort et choix de la vie, extase et goût de l’existence quotidienne, On et Nous, individualisme et singulier – de façon à mettre en évidence des pensées divergentes, je me propose de...
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| Pubblicato in: | URI:https://journals.openedition.org/erea, |
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| Autore principale: | |
| Natura: | Article ou chapitre numérique |
| Lingua: | Français |
| Pubblicazione: |
E-rea
2013
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| Soggetti: | |
| Accesso online: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Riassunto: | Après avoir évoqué brièvement quelques récits de la Grande Guerre selon certaines lignes de partage – idéalisme de la mort et choix de la vie, extase et goût de l’existence quotidienne, On et Nous, individualisme et singulier – de façon à mettre en évidence des pensées divergentes, je me propose de comparer deux récits majeurs, œuvre d’engagés volontaires dans le conflit, Adieu à tout cela (1929) de Robert Graves (1895-1985) et La main coupée (1946) de Blaise Cendrars (1887-1961). Outre des différences qui tiennent bien évidemment à la singularité de chacun, on peut repérer entre ces deux auteurs des attitudes et préoccupations semblables. Tous deux, blessés, et Cendrars, mutilé de sa main droite, celle de l’écrivain, ont éprouvé cette expérience de guerre comme épreuve initiatique menant à l’affirmation de leur singularité au sein du Nous de la communauté. Tous deux ont fait du souvenir de leurs camarades morts leur tâche poétique. Tous deux ont reconnu la réalité de ce que Graves, jusqu’à la fin de sa vie, nomma « meurtre » – et Cendras écrivit « J’ai tué ».L’expérience de guerre a suscité chez ces deux poètes un refus du dualisme idéaliste (« Il n’y a pas d’absolu, » écrit Cendrars. « Il n’y a donc pas de vérité, sinon la vie absurde qui remue ses oreilles d’âne. »), un rejet de l’exaltation de la virilité, marque de la période de l’entre-deux guerres, comme l’a montré G.L. Mosse, et une volonté de ne pas succomber, dans leurs écrits, à une esthétique de la guerre (ce que font, chacun à leur manière, pour ne citer qu’eux, Jünger et Céline). Graves avoue, à la fin de son ouvrage : « J’ai tenté plusieurs fois durant ces années de me débarrasser du poison des souvenirs de guerre en finissant mon roman, mais pour l’abandonner, pris de honte d’avoir déformé mon matériau avec une intrigue, et manquant pourtant d’assurance pour le transformer à nouveau en histoire non travestie, comme ici. » Cendrars, proclamant qu’il ne s’est pas engagé « pour tenir un porte-plume », écrit : « ‘Mourir pour la patrie est le sort le plus beau…’ n’est-ce pas ? Vous croyez-vous au théâtre, Monsieur ? Avez-vous perdu le sens de la réalité ? Vous n’êtes pas au Français, ici. Et savez-vous ce qui se cache sous cet alexandrin ? La guerre est une ignominie. Tout au plus ce spectacle peut-il satisfaire les yeux, le cœur d’un philosophe cynique et combler la logique du pessimisme le plus noir. La vie dangereuse peut convenir à un individu, certes, mais sur le plan social, cela mène directement à la tyrannie, surtout dans une république menée par un sénat de vieillards, une chambre de bavards, une académie de m’as-tu-vu, une école de généraux… »L’examen des récits de guerre révèle des pensées contrastées qui sont riches d’enseignement pour aujourd’hui – ce que je tenterai de montrer. |
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