Le Ramakien siamois à l’épreuve des théories de l’épopée

[Résumé des éditeurs] Jean-Marcel Paquette est l’un des pionniers du renouveau des études sur l’épopée. Dès 1971, il proposait dans les Études littéraires canadiennes une réflexion innovante sur “Épopée et roman : continuité ou discontinuité ?”, et, en 1988, l’une des toutes premières théorisations...

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Bibliografiske detaljer
Udgivet i:URI:https://journals.openedition.org/epopee,
Hovedforfatter: Paquette, Jean-Marcel
Format: Article ou chapitre numérique
Sprog:Français
Udgivet: Projet Épopée 2026
Online adgang:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Beskrivelse
Summary:[Résumé des éditeurs] Jean-Marcel Paquette est l’un des pionniers du renouveau des études sur l’épopée. Dès 1971, il proposait dans les Études littéraires canadiennes une réflexion innovante sur “Épopée et roman : continuité ou discontinuité ?”, et, en 1988, l’une des toutes premières théorisations véritablement comparatistes du genre, qui ne se fondait pas sur l’épopée occidentale seule mais prenait en compte des épopées d’origines géographiques et d’époques très diverses. Il dégageait alors deux types de critères de l’épique, l’un interne et l’autre externe au matériau narratif. 1. Loin d’être le texte simple et non problématique décrit par Hegel à partir d’Homère, l’épopée présente une pyramide de conflits : guerre extérieure (entre deux peuples : Grecs et Troyens, Francs et Sarrasins...), crise sociale (affrontement entre deux chefs à l’intérieur d’un des camps en présence : Agamemnon et Achille, Roland et Ganelon), conflit interne, en général à l’intérieur du “couple épique” (Roland et Olivier) mais qui peut être également un conflit véritablement intérieur (la délibération d’Hector pour savoir s’il affrontera Achille). 2. Critères anthropologiques : l’épopée est la production d’une époque de “territorialisation”, quand un peuple s’approprie son territoire, en général par la guerre ; elle est le lieu de la “saisie de l’Histoire par l’imaginaire”.Cette théorisation a été d’une très grande fertilité et a contribué à renouveler et étendre la pensée épique. Dans le présent article, Jean-Marcel Paquette confronte le Ramakien thaï à cette théorie. Ce texte, dont la nature d’épopée n’est pas évidente au premier abord, peut et doit être considéré comme tel au regard de la théorie qui rend si bien compte de tant d’épopées. Après une présentation historique des rapports entre le Râmâyana indien et le Ramakien thaï et un résumé du texte, l’article dégage d’abord la structure tripartite d’opposition. Le premier niveau est l’opposition irréductible des Hommes et des Géants (cette opposition étant la réplique d’une structure oppositionnelle déjà présente chez les dieux, entre glorieux et miteux). Un deuxième niveau, à l’intérieur du clan des hommes, oppose Rama et la mégère Kao pour l’enjeu du trône. Le troisième niveau affronte Rama et son demi-frère Lascha par l’intermédiaire de Sita épouse de Rama.La deuxième partie donne une démonstration relative aux critères externes au matériau narratif : l’auteur y reconstitue les conditions cette fois historiques et anthropologiques ayant permis au Ramakien (né du provignement d’un texte non épique) de s’élever jusqu’à l’épopée. Quatre sont essentielles : la territorialisation (qui explique notamment pourquoi l’épopée naît dans une société guerrière), la saisie par l’imaginaire, le refus d’un style archaïsant et le travail de sortie de crise. Mobiliser ces critères internes et ces critères externes permet non seulement à J.-M. Paquette de définir l’épopée comme genre, mais aussi d’expliciter la manière dont s’articulent ses premières théories et certaines des thèses contemporaines qui en revendiquent l’influence.