Conquistadors de Eric Vuillard y las ficciones épicas de la historia

(Traduction) « Conquistadors d’Éric Vuillard et les fictions épiques de l’Histoire »Nous proposons une lecture du roman Conquistadors (2010) d’Éric Vuillard. Dans ce roman est racontée l’arrivée des Espagnols en terres péruviennes, leur installation et les guerres fratricides qui s’ensuivirent et en...

Descripció completa

Guardat en:
Dades bibliogràfiques
Publicat a:URI:https://journals.openedition.org/epopee,
Autor principal: Terrones, Félix
Format: Article ou chapitre numérique
Idioma:Espagnol
Publicat: Projet Épopée 2026
Accés en línia:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Descripció
Sumari:(Traduction) « Conquistadors d’Éric Vuillard et les fictions épiques de l’Histoire »Nous proposons une lecture du roman Conquistadors (2010) d’Éric Vuillard. Dans ce roman est racontée l’arrivée des Espagnols en terres péruviennes, leur installation et les guerres fratricides qui s’ensuivirent et entraînèrent le début de l’administration coloniale. Dans une prose évocatrice et hautement lyrique, qui n’évite pas le jugement éthique, l’auteur français fictionnalise cette période pour s’emparer de l’Histoire en lui conférant une valeur et une interprétation actuelles. Ainsi, à partir des postulats proposés par Florence Goyet dans l’article L’épopée refondatrice : extension et déplacement du concept d’épopée, nous nous attardons sur le dialogue engagé dans le roman avec un corpus littéraire particulier : les chroniques des Indes. Au-delà de leur diversité et des différents besoins sociaux, religieux ou encore idéologiques qui les ont inspirées, lesdites chroniques constituent un fonds historique d’une importance énorme pour la période coloniale. Dans la plupart des cas, comme l’affirme Mercedes Serna, les chroniques furent écrites dans une volonté politique de légitimation face au pouvoir monarchique. Les chroniqueurs, qui étaient parfois les conquistadors eux-mêmes, n’ont donc pas hésité à raconter leurs actions sous les traits d’exploits héroïques. Des acteurs tels que Cristóbal de Mena, Francisco de Jérez, Pedro Sancho de la Hoz ou encore López de Gómara — tous cités par le narrateur du roman à des moments stratégiques — ont cherché à raconter avec un élan épique différentes étapes de la conquête des terres américaines. Soulignant l’esthétique et la forme romanesques de Conquistadors, nous analysons la façon dont y est discutée une certaine forme « épique » des chroniques afin de relativiser une perspective hégémonique de l’histoire : celle des vainqueurs. Pour ce faire, nous nous attardons sur les stratégies utilisées pour revisiter les lectures du passé, toujours selon une posture que nous qualifions d’éthique : la rectification de l’information par le biais de l’ironie ou le portrait grotesque, et par conséquent moins hyperbolique, des conquistadors et des empereurs incas, entre autres. Le roman, genre qui parodie et caricature, corrige les chroniques dans leur besoin d’instaurer l’image d’un temps héroïque et glorieux. Loin de toute lecture soulignant le côté magnifique ou légendaire du passé, le texte d’Éric Vuillard propose une resémantisation de la guerre et des processus coloniaux, tels qu’ils ont été représentés, voire même figés, par les chroniqueurs. Tout ceci, comme nous le précisons à la fin de notre article, selon un regard qui cherche à interroger le passé depuis un présent à caractère postcolonial. Dans un monde en ruines, seule la fiction, en l’occurrence la fiction romanesque, restitue l’exacte valeur des faits, sans accuser ni défendre non plus, en s’en rapprochant avec la conscience que dans l’Histoire il n’y a jamais que des vaincus.