Jean-Pierre Verheggen : autoportrait de l’artiste en Jules César-Chinchard

L’écriture idiote, comprise au double sens de spécifique et bêtifiante, de Jean-Pierre Verheggen (1942-2023) se caractérise, à la suite de Rimbaud, par un parti-pris zutique, avec la même intention politique et critique. Il s’agit d’empêcher sa poésie, comme toute poésie, de se prendre au sérieux et...

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Dades bibliogràfiques
Publicat a:URI:https://journals.openedition.org/elfe,
Autor principal: Gorrillot, Bénédicte
Format: Article ou chapitre numérique
Idioma:Français
Publicat: ELFe XX-XXI 2024
Matèries:
Accés en línia:Accès Université d'Orléans et IFPM
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Descripció
Sumari:L’écriture idiote, comprise au double sens de spécifique et bêtifiante, de Jean-Pierre Verheggen (1942-2023) se caractérise, à la suite de Rimbaud, par un parti-pris zutique, avec la même intention politique et critique. Il s’agit d’empêcher sa poésie, comme toute poésie, de se prendre au sérieux et d’être récupérée malgré elle par l’académie. La convocation du fonds gréco-latin, déclaré obsolète par une certaine veine moderne ou moderniste, elle-même devenue un nouvel académisme, constitue, avec le recours à l’inversion carnavalesque et à son cortège d’obscénités, une arme de choix. Mais les textes ou figures antiques mobilisés par une telle poétique ne peuvent qu’en ressentir les effets délétères. Ainsi le grand Jules César, régulièrement cité par Verheggen entre 1983 et 2020, est-il le plus souvent burlesquement défiguré (comme en ce « Jules Chinchard » de 2001), au point qu’il faut parfois un lecteur assez érudit pour débusquer son souvenir ou mesurer son utilisation iconoclaste. Le présent article se propose d’éclairer ces divers modes de présence de l’imperator romain, tantôt en survivance anachronique ou en remodelages catachroniques burlesques et offre de dénouer les fils complexes de l’hétérochronie du poème verheggenien, qui pourrait constituer une illustration exemplaire des théorisations contemporaines de la façon dont les œuvres aujourd’hui et leurs auteurs se tiennent « Devant le temps » (Didi-Huberman) ou « inventent » leur passé (Deguy).