« L’animal est pauvre en monde ». L’interprétation post-métaphysique de l’animalité chez Heidegger
Si la philosophie traditionnelle, i.e. la « méta-physique » a interprété l’animal primordialement comme un « étant », soit comme un corps présent là-devant nous, auquel l’être (propre à cet « étant »), i.e. l’animalité ou la vie animale ne fait que s’ajouter comme une sorte d’annexe, Heidegger inter...
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| In: | URI:https://journals.openedition.org/edl, |
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| Main Author: | |
| Format: | Article ou chapitre numérique |
| Language: | Français |
| Published: |
Études de lettres
2024
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| Online Access: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Summary: | Si la philosophie traditionnelle, i.e. la « méta-physique » a interprété l’animal primordialement comme un « étant », soit comme un corps présent là-devant nous, auquel l’être (propre à cet « étant »), i.e. l’animalité ou la vie animale ne fait que s’ajouter comme une sorte d’annexe, Heidegger interprète l’animalité d’emblée à partir de l’ouverture de l’être lui-même, ouverture qui est, selon lui, la présupposition de la « méta-physique » et, comme telle, affaire d’une pensée « post-métapysique ». Dans cet horizon, c’est l’être ou la vie animale qui est prioritaire, alors que le corps n’est qu’au service de cette vie. Heidegger prend comme point de départ de son développement la conception habituelle et traditionnelle : chaque être vivant (ζῷον) est un organisme (cf. Aristote). La question est alors de savoir quel est l’être d’un organisme comme tel (surtout en distinction d’une machine). Or, un organe se distingue d’un outil (ou d’une pièce de machine) par le fait que l’organe (l’œil par exemple) est lui-même apte (fähig) à quelque chose (à voir), alors qu’un outil (un marteau par exemple) n’est que prêt (fertig) pour une utilisation possible (enfoncer un clou, par exemple). Qu’il s’agisse là de deux genres d’être fondamentalement différents, cela se manifeste d’ailleurs par leur rapport à l’« étant » correspondant : l’être-apte ou l’« aptitude » (Fähigkeit) prend l’organe à son service, le maintient par là, et même le fait originellement naître – il est donc prioritaire par rapport à l’organe –, alors que l’être-prêt ne revient à l’outil que par le processus de sa fabrication. Vu que la notion d’aptitude s’avère ainsi la notion fondamentale de l’organisme comme tel, Heidegger la soumet à une analytique phénoménologique pour en dégager toute une série d’autres notions essentielles. En voici quelques-unes. L’aptitude est habitée par une poussée (Drang) ou pulsion (Trieb) qui la pousse (treibt) en avant, vers et jusque dans l’activité dont elle est apte. Dans cette poussée, l’animal s’ouvre, certes, à l’objet de cette activité, sans pour autant parvenir à l’ouverture ek-statique (réservée à l’homme comme Da-sein mortel) permettant à l’objet de se montrer comme « étant » (i.e. en son être propre). Au contraire, l’animal, précisément par le même caractère pulsionnel, demeure toujours également « pris dans soi » (eingenommen in sich). Se poussant, sans répit ni repos, de pulsion en pulsion, de la première à la dernière (et de celle-ci de nouveau à la première), il s’encercle par le « cercle de ses pulsions » (Triebkreis). S’ouvrant ainsi sans cesse à ce qui est autre que lui, il subit en même temps le retrait incessant de son ouverture. Tremblant entre ouverture et retrait, l’animal est « pauvre en monde » (weltarm), le monde étant « l’ouverteté (Offenheit) de l’étant comme tel en son entier » ; il est pauvre en monde au sens où il manque de monde tout en en souffrant. |
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