Corps donné ou corps à venir ? Le corps vivant selon Schopenhauer et Nietzsche

Selon Schopenhauer déjà, il convient de prendre le corps vivant charnel (Leib) comme « fil conducteur » pour connaître la véritable subjectivité résidant selon lui dans la volonté pulsionnelle originaire. De ce corps-là, Schopenhauer distingue le corps présent comme objet, soit comme phénomène étend...

Descripció completa

Guardat en:
Dades bibliogràfiques
Publicat a:URI:https://journals.openedition.org/edl,
Autor principal: Stiegler, Barbara
Format: Article ou chapitre numérique
Idioma:Français
Publicat: Études de lettres 2024
Accés en línia:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Descripció
Sumari:Selon Schopenhauer déjà, il convient de prendre le corps vivant charnel (Leib) comme « fil conducteur » pour connaître la véritable subjectivité résidant selon lui dans la volonté pulsionnelle originaire. De ce corps-là, Schopenhauer distingue le corps présent comme objet, soit comme phénomène étendu dans l’espace et le temps et déterminé par les catégories. Ce corps-objet relève d’une activité de construction d’ordre transcendantal (cf. Kant) que l’homme – en tant que phénomène individuel de la volonté originaire – accomplit par son entendement (le dernier produit de celle-ci), alors que le corps vivant, la chair, est en quelque sorte passivement reçu dans l’intimité propre de chacun. Se mouvant dans le cadre métaphysique de la distinction phénomène/en soi, Schopenhauer ne dépasse pas la différence entre ces deux genres de corps. En revanche, Nietzsche – qui, d’une part, reprend de Schopenhauer le rôle du corps comme fil conducteur (révélant la véritable subjectivité) tout en abolissant, d’autre part, ladite distinction métaphysique – opère une sorte de synthèse entre le corps passif et le corps actif. Relevant le rôle essentiel de l’excitation (Reiz) pour l’auto-production du corps vivant, Nietzsche conçoit celui-ci comme unité synthétique de passivité et d’activité, de réceptivité et de spontanéité, de vulnérabilité et de productivité créatrice. Il intègre ainsi la souffrance comme élément constitutif dans un corps qui doit toujours se faire et qui demeure pour lui-même une tâche à accomplir.