De la simple vie à l’homme double : Le moi hyperorganique chez Maine de Biran
En réaction à la physique mécaniciste cartésienne, la biologie du XVIIIe siècle en France (G. Stahl, G.-L. Buffon, P.-J. Barthez) cherche à libérer le vivant du modèle de l’animal-machine, en lui attribuant – à la suite du philosophe-biologiste suisse A. von Haller (qui renoue avec Aristote) – la se...
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| Udgivet i: | URI:https://journals.openedition.org/edl, |
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| Hovedforfatter: | |
| Format: | Article ou chapitre numérique |
| Sprog: | Français |
| Udgivet: |
Études de lettres
2024
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| Online adgang: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Summary: | En réaction à la physique mécaniciste cartésienne, la biologie du XVIIIe siècle en France (G. Stahl, G.-L. Buffon, P.-J. Barthez) cherche à libérer le vivant du modèle de l’animal-machine, en lui attribuant – à la suite du philosophe-biologiste suisse A. von Haller (qui renoue avec Aristote) – la sensibilité et l’irritabilité. A l’instar de la physique qui voit dans la gravitation le principe universel de toute la réalité, elle considère alors ces qualités comme principe unissant tous les êtres vivants, y compris l’homme. A l’encontre de cette réduction de l’homme au simple vivant, Maine de Biran insiste sur le fait que l’homme – bien loin de recevoir son humanité d’une simple vie animale – doit bien plutôt la construire activement lui-même, sans pour autant cesser d’être un vivant (« homo duplex in humanitate, simplex in vitalitate »). Or, le biologiste français Bichat (dont Maine de Biran était le lecteur) distingue dans le vivant (l’animal), d’une part, la vie organique qui comprend selon lui la vie végétative et une certaine sensibilité organique, et, d’autre part, une sensiblité spécifiquement animale qui implique, selon lui, la faculté de réagir et d’agir par une sorte de volonté. Maine de Biran – suivant d’une certaine manière Bichat tout en se démarquant de lui – reconnaît pourtant une nette différence entre la simple vie animale et l’humanité de l’homme. Cette dernière commence, selon lui, avec la faculté de connaître qui, en toutes ses formes, s’enracine dans la conscience de soi. Mais cette conscience de soi ou le Moi – par lequel l’homme est un acteur possédant une volonté – n’est pas de l’ordre d’une activité purement spirituelle (une substantia cogitans comme chez Descartes) ; il fait au contraire toujours déjà un avec le corps de l’homme. Le Moi réside dans l’effort (ou le vouloir) qui, impliquant un certain mouvement musculaire, a lieu dans mon propre corps. Si le Moi (ou la volonté) réside ainsi dans le corps organique de l’homme, il est pourtant quelque chose d’« hyperorganique » – du fait d’être conscient de soi. C’est à ce Moi que revient la construction de l’humanité de l’homme. |
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