Traversées en eaux troubles : porosité des frontières, dérives de la langue et croisement des genres dans The Three Birds de Joanna Laurens
The Three Birds, la première pièce de Joanna Laurens, propose une réécriture dramatique du mythe grec de Philomèle qui s’inscrit à certains égards en contrepoint de la fable telle qu’elle est relatée dans les Métamorphoses d’Ovide. En point de départ de la pièce comme du récit originel cependant, se...
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| Publicado en: | URI:https://journals.openedition.org/ebc, |
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| Autor Principal: | |
| Formato: | Article ou chapitre numérique |
| Idioma: | Français |
| Publicado: |
Études britanniques contemporaines
2015
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| Sujets: | |
| Acceso en liña: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Résumé: | The Three Birds, la première pièce de Joanna Laurens, propose une réécriture dramatique du mythe grec de Philomèle qui s’inscrit à certains égards en contrepoint de la fable telle qu’elle est relatée dans les Métamorphoses d’Ovide. En point de départ de la pièce comme du récit originel cependant, se trouve une traversée fondamentale : celle de la mer Égée, qui donne lieu à plusieurs va-et-vient entre Athènes, la polis normalement civilisée, et Thrace, la contrée barbare, en passant éventuellement par Aulis en Béotie. Si ce mouvement signe d’abord l’alliance des deux rois autrefois rivaux, Térée et Pandion, il marque bientôt le déracinement et finit par entraîner la perte de tous les personnages. D’une contrée à l’autre, d’un voyage à l’autre, les protagonistes et les objets circulent, les identités se troublent et se défont, les liens se brouillent et s’entachent. Une frontière de trop est franchie lorsque Térée commet l’irréparable en abusant de sa belle-sœur et en lui coupant la langue afin qu’elle ne révèle pas le viol, mais l’originalité de Laurens est d’avoir fait de Térée un homme transi d’amour pour Philomèle et mu par sa passion, et non un Thrace agi par ses origines barbares. C’est là que prend naissance la véritable traversée : celle d’une violence qui parcourt la pièce, initiatrice d’une barbarie qui passe entre les protagonistes, les imprègne tour à tour et décloisonne ainsi les catégories de genre, de race et de génération. Entre effets d’échos et jeux de miroir, elle transpire à travers les paroles et les actes des personnages, faisant se croiser les modalités de l’inhumain et du subhumain jusqu’à la transformation finale en oiseaux qui abolit ainsi une dernière frontière, celle qui sépare l’humanité barbare de la bestialité, l’exil donnant lieu à une « déterritorialisation absolue ». Cet article étudie la façon dont l’effondrement des repères enclenche ainsi un devenir-barbare contagieux qui se mue en « devenir-animal » (Deleuze). En prenant appui sur la citation d’Héraclite que Laurens place en épigraphe de sa pièce, « Panta rhei » (« Everything flows »), nous verrons comment la barbarie traverse les personnages, qu’elle emporte sur son passage comme un fleuve tumultueux le long duquel les postures éthiques se croisent, se renversent ou se superposent. De transferts en transformations, d’altérations en aliénations, il s’agira enfin de montrer comment cette porosité des frontières, voire leur abolition, affecte le langage dramatique et résulte en un croisement des genres. |
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