Le scaphandre et le papillon et l’adaptation filmique du « je » littéraire : l’œil qui écrit

Lorsque le cinéaste Julian Schnabel propose, dix ans après la sortie du livre Le scaphandre et le papillon de Jean-Dominique Bauby (1997), une « adaptation » de cette autobiographie, il prend pour sujet sa création même, en plaçant au premier plan les éléments qui, dans le péritexte, thématisaient l...

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Bibliografske podrobnosti
izdano v:URI:https://journals.openedition.org/decadrages,
Glavni avtor: Robert, Valentine
Format: Article ou chapitre numérique
Jezik:Français
Izdano: Décadrages 2016
Online dostop:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Opis
Izvleček:Lorsque le cinéaste Julian Schnabel propose, dix ans après la sortie du livre Le scaphandre et le papillon de Jean-Dominique Bauby (1997), une « adaptation » de cette autobiographie, il prend pour sujet sa création même, en plaçant au premier plan les éléments qui, dans le péritexte, thématisaient les conditions de l’écriture. Bauby a en effet écrit cette autobiographie alors qu’il souffrait de locked-in syndrome, étant entièrement paralysé à l’exception de son œil gauche. C’est avec l’œil qu’il écrivait, dictant chaque lettre d’un battement de cils tandis qu’une assistante récitait à voix haute un code alphabétique. L’acte d’écriture devenait ainsi une performance audiovisuelle, saisissable cinématographiquement. Or Schnabel complexifie ce dispositif en faisant « plonger » le spectateur dans l’univers intérieur de Bauby à l’aide de procédés filmiques (caméra subjective, voix over à la première personne, flashbacks, visions) qui permettent de transposer toute la poésie et la force du texte. Narrant au « je » la vie, la pensée et les sens qui vibrent derrière les battements d’« aile » de cet œil-papillon, cette autobiographie traduit de fait un univers visionnaire que Bauby lui-même appelle son « cinéma personnel ». Schnabel « actualise » cette métaphore avec son film qui repousse les limites de la « focalisation interne » et met en abyme les pouvoirs du cinéma.