Penser (comme) l’appareil : la naissance de la photographie ou l’étincelle disjonctive

Ce numéro des Cahiers victoriens et édouardiens propose de prendre le contre-pied théorique de la définition restrictive habituellement adoptée lorsqu’on parle de photographie (la photographie serait une représentation exclusivement mimétique du monde), et choisit a contrario de la considérer sous u...

Deskribapen osoa

Gorde:
Xehetasun bibliografikoak
Argitaratua izan da:URI:https://journals.openedition.org/cve,
Formatua: Article ou chapitre numérique
Hizkuntza:Français
Argitaratua: Cahiers victoriens et édouardiens 2025
Sarrera elektronikoa:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Deskribapena
Gaia:Ce numéro des Cahiers victoriens et édouardiens propose de prendre le contre-pied théorique de la définition restrictive habituellement adoptée lorsqu’on parle de photographie (la photographie serait une représentation exclusivement mimétique du monde), et choisit a contrario de la considérer sous un angle expérimental, c’est-à-dire comme un dispositif obéissant à des règles spécifiques, et donc comme un médium singulier qui autorise une expérience esthétique radicalement nouvelle. L’angle choisi ici sera celui de la dissemblance dont la photographie fait montre à sa naissance, alors qu’elle surgit des limbes sous des formes bien différentes, et que même ses inventeurs ont des difficultés à l’appréhender ontologiquement. Il s’agit ici de la considérer pour elle-même, en sa singularité propre, et non en opposition aux autres arts graphiques. Nous proposons ici de revenir aux premiers moments de l’existence de la photographie, alors qu’elle n’était encore qu’un prototype, afin de justement bien la regarder sous sa forme plastique, et en évitant de la confondre avec l’objet qu’elle prétend montrer. En effet, la photographie naissante clive plus qu’elle ne rassemble ; elle crée un nouvel objet esthétique avant même de ressembler à quelque chose qui existerait déjà dans le monde — à ce moment elle ne ressemble à rien d’autre qu’à elle-même, et c’est une image à penser ex-nihilo. L’histoire de la photographie est d’abord celle d’une dissemblance entre le monde et sa représentation, et non celle d’une ressemblance, qui vient dans un second mouvement induit par une pratique, et qui est le résultat d’un processus d’apprentissage, ou si l’on préfère d’objectivisation. La photographie à sa naissance introduit une discontinuité essentielle, et opère avant tout une rupture, une médiation entre l’homme et le monde, puisque, comme toutes les images techniques, elle repose sur un encodage. Les articles de ce volume proposent un état des lieux de la photographie expérimentale à ses débuts, telle qu’elle apparaît au Royaume-Uni et en France (1823-1910) et ils mettent en relief les bouleversements épistémologiques qui caractérisent la photographie au moment où elle surgit, ainsi que les enjeux théoriques qui en découlent.   The present issue proposes a theoretical counterpoint to the restrictive definition usually adopted when discussing photography (photography as an exclusively mimetic representation of the world), and chooses instead to consider it from an experimental angle, primarily as a device obeying specific rules, and thus as a singular medium that allows for a radically new aesthetic experience. Our focus is on the dissimilarity that photography displayed at its inception, when it emerged into the light of day under a multiplicity of forms,defying even its inventors’ ability to categorise it conceptually and ontologically. Our aim is to recall the singularity of photography, in and of itself, rather than simply contrasting it with other graphic arts. To do so, we revisit the early days of photography, when it was still only a prototype, a source of objects whose existence and significance were distinct and not simply echoes of pre-existing objects they might represent. Early photography divided rather than united, creating a new aesthetic object that resembled nothing but itself, and composing an image to be thought of ex nihilo. The history of photography is first and foremost one of dissimilarity between the world and its representation.That it is now generally conceived of in opposite terms is the result of later practice, the offspring of a learning process. At its inception, photography introduced rupture and discontinuity by mediating between man and the world, since, like all technical images, it enacted a coding operation. The articles in this volume seek to provide an overview of experimental photography in its early days, as it appeared in the United Kingdom and France (1823–1910); they highlight the epistemological upheavals that characterised photography at the time of its emergence, and discuss the theoretical issues that arose from them.