Épaisseur des frontières et gestion des migrations

Les frontières peuvent être considérées selon Étienne Balibar comme des « zones spatio-temporelles visqueuses », selon Michel Foucher comme des « constructions géopolitiques datées, du temps inscrit dans l’espace ou mieux, des temps inscrits dans des espaces ».Loin d’être seulement des lignes, les f...

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Veröffentlicht in:URI:https://journals.openedition.org/conflits,
Format: Article ou chapitre numérique
Sprache:Français
Veröffentlicht: Cultures & conflits 2026
Online Zugang:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Beschreibung
Zusammenfassung:Les frontières peuvent être considérées selon Étienne Balibar comme des « zones spatio-temporelles visqueuses », selon Michel Foucher comme des « constructions géopolitiques datées, du temps inscrit dans l’espace ou mieux, des temps inscrits dans des espaces ».Loin d’être seulement des lignes, les frontières, en particulier quand il est question de circulation des personnes et de gestion des migrations, se révèlent être des nœuds, des zones, des réseaux. Elles composent des dispositifs au sens foucaldien du terme. Comprises dans toute leur épaisseur, elles se diffusent dans des mesures administratives, des procédés policiers, des agencements numériques, au gré de mécanismes établis par les normes juridiques. Cette épaisseur des frontières est spatiale, temporelle, subjective. Voilà ce qu’explore ce numéro de Cultures & Conflits. Les analyses ici présentées rendent compte du fait que, dès lors qu’il est question de migrations, les frontières ne sont pas des bords, mais des milieux. En effet, elles sont mobiles, occupant tout l’espace où se trouvent les migrants ; elles sont dilatées, expansant le temps suspendu dans lequel les migrants sont maintenus. L’épaisseur des frontières, qu’elle vise à imposer la non-entrée sur le territoire, à organiser les procédures administratives, à appliquer des catégories juridiques, engendre une violence institutionnalisée qui assujettit les personnes en migration. According to Étienne Balibar, borders can be viewed as “viscous spatiotemporal zones”; according to Michel Foucher, as “dated geopolitical constructs, time inscribed in space—or rather, times inscribed in spaces.” Far from being mere lines, borders—particularly when it comes to the movement of people and to the management of migration—prove to be nodes, zones, and networks. They constitute “apparatuses” in the Foucauldian sense of the term. Understood in all their thickness, they permeate administrative measures, police procedures, and digital systems, legal norms establish. This thickness of borders is spatial, temporal, and subjective. This is what this issue of Cultures & Conflits explores. Through their analyses, the authors seek to highlight the fact that, when it comes to migration, borders are not boundaries but environments. Indeed, they are mobile, occupying the entire space where migrants are located; they are dilated, expanding the suspended time in which migrants are held. The thickness of borders—whether they aim to prevent entry into a territory, organize administrative procedures, or apply legal categories—engenders an institutionalized violence that subjugates migrants.