Policer l’ordre politique. Genèse et institutionnalisation d’un renseignement policier en France au xixe siècle
L’existence de services de renseignement intérieur (domestic intelligence) en charge de lutter contre les velléités de subversion de l’ordre social et politique apparaît comme une évidence dans la plupart des États contemporains. La violence collective, le séparatisme ou les ingérences étrangères se...
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| Publicado no: | URI:https://journals.openedition.org/conflits, |
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| Autor principal: | |
| Formato: | Article ou chapitre numérique |
| Idioma: | Français |
| Publicado em: |
Cultures & conflits
2025
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| Assuntos: | |
| Acesso em linha: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Resumo: | L’existence de services de renseignement intérieur (domestic intelligence) en charge de lutter contre les velléités de subversion de l’ordre social et politique apparaît comme une évidence dans la plupart des États contemporains. La violence collective, le séparatisme ou les ingérences étrangères semblent constituer des menaces suffisamment sérieuses pour justifier cette activité. Pour autant, celle-ci ne devient véritablement un « métier » qu’à partir de la seconde moitié du xixe siècle, lorsque se constituent des services spécialisés dans la surveillance politique et que leur action s’autonomise de celle, plus générale, de la police urbaine. Mais cette différenciation n’est pas linéaire ni planifiée. Elle s’opère par à-coups au gré des transformations politiques de la période et reste contrainte par l’éclatement des forces de l’ordre. En revisitant les écrits des ministres de l’Intérieur, des préfets de police ou des responsables policiers, cet article entend donc poser quelques jalons de cette institutionnalisation chaotique en la reliant aux processus de politisation qui amènent à la formation de l’État parlementaire. Les modèles didactiques de jeu que développe Norbert Elias offrent ici un précieux renfort pour articuler la surveillance politique et la clôture plus ou moins grande de l’exercice du pouvoir politique. Aussi longtemps que l’accès à ce dernier est monopolisé par une élite définie par le rang et le sang (ce qu’Elias qualifie de « jeu à deux étages de type oligarchique »), nul besoin de service policier spécialisé. La connaissance intime des joueurs et du jeu – renforcée par quelques informateurs stratégiquement placés – suffit à anticiper les éventuels coups des uns et des autres. En revanche, dès lors que les « différences de forces » diminuent entre le premier et le second niveau (dans des configurations « de type de démocratisation simplifié »), il devient plus difficile de conserver une image globale du jeu et de sa prévisibilité. Les joueurs du niveau supérieur doivent donc faire preuve d’une « vigilance inépuisable » et déployer un « réseau serré de mesures » afin de maintenir leur position. La mobilisation d’une police politique constitue l’une de ces mesures. En France, son institutionnalisation apparaît ainsi paradoxalement comme une conséquence de l’extension du droit de suffrage et l’avènement d’un État parlementaire, qui tend à circonscrire la conflictualité sociale et politique dans le cadre des normes et des règles qu’il a définies. |
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