La « lutte contre la radicalisation »
Voilà plus de dix ans que la « lutte contre la radicalisation » s’est imposée comme un pilier central des politiques antiterroristes dans l’espace européen francophone. Simultanément pensée en amont, dans une logique de prévention ou de surveillance visant à enrayer la possibilité d’un passage à l’a...
Enregistré dans:
| Dans: | URI:https://journals.openedition.org/champpenal, |
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| Autres auteurs: | |
| Format: | Article ou chapitre numérique |
| Langue: | Français |
| Publié: |
Champ pénal/Penal field
2025
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| Accès en ligne: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Résumé: | Voilà plus de dix ans que la « lutte contre la radicalisation » s’est imposée comme un pilier central des politiques antiterroristes dans l’espace européen francophone. Simultanément pensée en amont, dans une logique de prévention ou de surveillance visant à enrayer la possibilité d’un passage à l’acte, et en aval, dans un objectif de redressement, de correction ou de « déradicalisation », cette doctrine interroge les modalités et les limites de l’hybridation entre État sécuritaire et État social, mais aussi entre professionnel·le·s et « profanes » de la surveillance. Le présent dossier s’attache à explorer ces deux dimensions. Il rassemble des recherches consacrées à la lutte contre la radicalisation en France, en Belgique et en Suisse menées entre 2017 et 2024 et qui ont en commun un fort ancrage empirique. Plutôt que de partir d’un milieu professionnel donné, les contributions prennent pour objet le déploiement de ces politiques dans une grande diversité de secteurs institutionnels, et à différentes échelles d’action publique. Au-delà de la juxtaposition d’études de cas, les contributions témoignent du déploiement d’un continuum préventif généré par la lutte contre la radicalisation : des lieux de privation de liberté caractérisés par une contrainte exacerbée à des domaines de la vie sociale où s’exerce une surveillance plus diffuse – à l’instar des institutions sociales, sanitaires ou éducatives dans lesquelles se banalisent les pratiques de signalement pour « radicalisation ». En mobilisant une pluralité de méthodes, les articles rassemblés dans ce dossier mettent au jour deux principales tendances associées à ce continuum préventif : d’une part, l’extension significative d’un contrôle social exercé, pour l’essentiel, sur des populations musulmanes jugées déviantes ; d’autre part, une confusion des rôles professionnels et un brouillage récurrent des sphères d’activités au sein des secteurs enrôlés. For over a decade, counter-radicalization policies have become a central pillar of counter-terrorism in the French-speaking European area. These policies are conceived both upstream, as a form of preventive surveillance aimed at averting potential violent action, and downstream, as a corrective “deradicalization”. This doctrine raises important questions about the modalities and limits of the hybridization between the security state and the welfare state, as well as how professional and lay actors cooperate in the field of surveillance. The special issue explores these dimensions by bringing together empirical research conducted in France, Belgium, and Switzerland between 2017 and 2024 on the prevention of radicalization. Rather than focusing on a specific professional group, the contributions examine the implementation of these policies across a wide array of institutional sectors and at various levels of public policy. Through these case studies, the special issue highlights the emergence of a preventive continuum resulting from counter-radicalization policies. This continuum spans from spaces of heightened coercion such as places of detention to broader domains of social life where surveillance becomes more diffuse such as social, healthcare, and educational institutions where reporting practices for “radicalization” are increasingly normalized. Through various methodological approaches, contributions uncover two major trends of this preventive continuum. First, the significant expansion of social control primarily targeting some Muslim groups perceived as deviant. Secondly, the blurring of professional roles and a recurrent confusion between spheres of activity among the sectors involved. |
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