Traiter l'indiscipline : les pratiques disciplinaires et leurs reconfigurations contemporaines

La notion d’indiscipline ne réfère pas seulement, comme celle de déviance, à l’écart aux normes et aux règles de conduite. Elle met aussi en lumière les déstabilisations potentielles de l’ordre et les défiances, volontaires ou non, de l’autorité de ses garants. Le traitement de l’indiscipline – qu’i...

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Detalhes bibliográficos
Publicado no:URI:https://journals.openedition.org/champpenal,
Outros Autores: Sallée, Nicolas
Formato: Article ou chapitre numérique
Idioma:Français
Publicado em: Champ pénal/Penal field 2023
Acesso em linha:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Descrição
Resumo:La notion d’indiscipline ne réfère pas seulement, comme celle de déviance, à l’écart aux normes et aux règles de conduite. Elle met aussi en lumière les déstabilisations potentielles de l’ordre et les défiances, volontaires ou non, de l’autorité de ses garants. Le traitement de l’indiscipline – qu’il s’agisse, selon les cas et les époques, de corriger, de relever ou de redresser, d’éduquer ou de rééduquer, de resocialiser, de soigner ou de réadapter – ne renvoie dès lors pas seulement à l’imposition de la norme, mais à la défense de la supériorité et de la légitimité de l’autorité qui la fonde. De l’école à la prison, en passant par des tribunaux spécialisés, des centres de réadaptation, de réinsertion en emploi ou de traitement de la toxicomanie, les textes rassemblés dans ce numéro partent de cette prémisse pour interroger l’émergence d’un nouvel âge du traitement de l’indiscipline : l’attention toujours croissante, depuis le milieu du 20e siècle, portée au droit et aux droits, à la souffrance et aux émotions, croise l’émergence de nouvelles formes de contrôle et de liberté surveillée parfois saisies comme un dépassement de cette économie morale, fondamentalement dissymétrique et assujettissante, que Michel Foucault a qualifié de disciplinaire. Ce numéro montre cependant comment, dans ces rationalités émergentes, les pratiques disciplinaires se transforment plus qu’elles ne disparaissent, comme l’illustre la prégnance d’injonctions à la discipline de soi qui ne passent plus seulement par l’imposition de modèles sociaux externes, mais aussi par l’exigence de valoriser ses propres ressources internes : s’adapter, se réguler, se prendre en main, travailler sur soi. Ce numéro témoigne également de la survivance, auprès des individus les plus stigmatisés et dans certains espaces sociaux ségrégués (des centres fermés, des prisons ou des écoles de quartiers défavorisés), de pratiques disciplinaires verticales, et parfois à ce point violentes qu’elles deviennent même inavouables.