Quelle couleur pour les frères ? Regards sur l’habit des Mineurs aux xiiie-xive siècles

Il peut paraître surprenant de s’intéresser à la couleur de l’habit originel des frères Mineurs, puisque ni la règle franciscaine ni les écrits hagiographiques ni les premiers témoignages ne signalent un quelconque intérêt pour cet aspect de leur vestiaire. Si les sources écrites sont à peu près mue...

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Detalles Bibliográficos
Publicado en:URI:https://journals.openedition.org/cem,
Autor principal: Mouilleron, Véronique Rouchon
Formato: Article ou chapitre numérique
Publicado: Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre | BUCEMA 2014
Acceso en línea:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Descripción
Sumario:Il peut paraître surprenant de s’intéresser à la couleur de l’habit originel des frères Mineurs, puisque ni la règle franciscaine ni les écrits hagiographiques ni les premiers témoignages ne signalent un quelconque intérêt pour cet aspect de leur vestiaire. Si les sources écrites sont à peu près muettes à ce sujet, pour autant, les représentations peintes connaissent une explosion quantitative et qualitative dans le siècle qui suit la fondation de l’ordre. C’est donc une enquête visuelle qui est proposée ici. Mise en perspective avec les silences du dossier textuel, elle s’interroge sans naïveté sur le bien-fondé d’une telle démarche qui exploite les données figurées, lorsque le texte offre des définitions en creux. Pour mieux éprouver la validité de cette approche, l’étude aborde la matérialité des tuniques franciscaines sous quatre angles de vue connexes, entre 1220 et 1320 environ. Pour commencer, elle traite de l’habit porté par saint François lui-même, à travers les textes, les reliques textiles et les figurations les plus précoces, entre 1228 (à Subiaco) et 1246 (aux Quattro Santi Coronati à Rome). Elle examine ensuite les termes et les expressions par lesquels, dès la seconde moitié du siècle, le vêtement franciscain s’est trouvé constitué d’une couleur indéfinissable, qui ne soit ni color niger, ni albus, ni même griseus. Dans un troisième temps, le vestiaire du premier siècle est soumis à une analyse sérielle, sur la base d’une sélection d’environ trente cas, qui vise à proposer un corpus pictural de cette couleur, entre indétermination et instabilité. Les nuances du gris, les bruns, et la très grande variété des choix chromatiques (du noir au rose) sont précisément resitués dans les lieux et les contextes de la peinture franciscaine. Enfin, la question de la couleur vestimentaire est mise en lien avec les étapes de l’institutionnalisation de l’ordre, en examinant spécialement, dans le premier quart du xive siècle, le traitement qu’elle reçoit dans le débat autour de l’usus pauper, entre conventuels et spirituels.