L’ombre de Rome ou l’impossible Europe romaine des Italiens (xive-xvie siècles)
L’élaboration dans la culture italienne d’une certaine représentation de l’Europe est inséparable de l’émergence d’un imaginaire italien dans laquelle l’Europe joue un rôle actif, entre attraction et répulsion. Cette contribution entend explorer l’hypothèse que la compréhension de cette relation pas...
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| Auteur principal: | |
| Format: | Article ou chapitre numérique |
| Langue: | Français |
| Publié: |
Cahiers d’études italiennes
2018
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| Sujets: | |
| Accès en ligne: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Résumé: | L’élaboration dans la culture italienne d’une certaine représentation de l’Europe est inséparable de l’émergence d’un imaginaire italien dans laquelle l’Europe joue un rôle actif, entre attraction et répulsion. Cette contribution entend explorer l’hypothèse que la compréhension de cette relation passe par la prise en compte d’un troisième pôle imaginaire : l’idée de Rome. Ainsi, tout au long du Moyen Âge et au-delà, une certaine idée d’Italie émerge dans un rapport équivoque et conflictuel entre l’idée de Rome et l’idée d’Europe.En particulier, au cours des trois siècles envisagés par notre colloque, les élites politiques et intellectuelles de la Péninsule — autrement dit les acteurs et producteurs de toute conscience spatiale et culturelle — modifient largement et durablement leur vision de l’Europe et de la place que peut y occuper l’Italie. En effet, jusqu’au xiiie siècle, ces élites ont pensé l’Europe sous la figure d’un empire à vocation universelle qui est aussi un monde faisant face aux mondes byzantin et arabo-musulman. L’idéal dominant — certes loin de la réalité mais c’est bien d’imaginaires, de perceptions et de représentations qu’il est ici question — est encore la république chrétienne universelle et bicéphale qui coïncide tant bien que mal avec la Romania linguistique et culturelle et dont l’Italie et Rome sont ou se rêvent comme le centre idéal.Progressivement, ce monde se fissure. Des États dynastiques et territoriaux aux intérêts divergents surgissent, les divisions confessionnelles se creusent. L’essor de puissantes monarchies conquérantes met un terme à la fiction universaliste de l’empire romain médiéval. Or, au sud des Alpes, une telle évolution est vite perçue comme une humiliation. La culture italienne dans ses divers foyers pourtant encore très différenciés — les communes lombardes ou toscanes, Venise, Rome, le royaume de Sicile gouverné par les Angevins et les Aragonais — développe une revendication exclusive de l’héritage romain et latin, jusque-là entendu comme universel, pour les seuls habitants de la Péninsule. Cet héritage est opposé et refusé aux autres peuples européens, qui sont rejetés dans l’ombre de la barbarie avec une virulence proportionnelle à l’efficacité de leurs interventions militaires dans l’espace italien.Ce tropisme imaginaire ne connaîtra pas d’inversion jusqu’au milieu du xxe siècle si ce n’est la brève saison pendant laquelle, au milieu du xve siècle, le cardinal Piccolomini — le pape Pie II, après son élection — déploiera toutes ses énergies dans le but de faire revivre le rêve d’une république chrétienne universelle, identifiée nommément comme l’« Europe » et recentrée sur Rome, en réaction au danger ottoman. Néanmoins, ce projet restera inachevé et s’épuisera avant la fin du siècle suivant, sous l’action concomitante de la progressive normalisation des relations avec les Turcs, de la Réforme et, enfin, de la conquête européenne du monde qui marginalise définitivement la Péninsule. |
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