L’émigration sud-danubienne vers la Valachie et la Moldavie et sa géographie (xve–xviie siècles) : la potentialité heuristique d’un sujet peu connu

La présente étude fait le point sur la géographie de l’émigration sud-danubienne vers la Valachie et la Moldavie des xve–xviie siècles, en mobilisant une importante quantité de données prosopographiques et anthroponymiques. Il y est montré que, contrairement à d’anciens préjugés historiographiques,...

Descripció completa

Guardat en:
Dades bibliogràfiques
Publicat a:URI:https://journals.openedition.org/ceb,
Autor principal: Cotovanu, Lidia
Format: Article ou chapitre numérique
Idioma:Français
Publicat: Cahiers balkaniques 2014
Matèries:
Accés en línia:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Descripció
Sumari:La présente étude fait le point sur la géographie de l’émigration sud-danubienne vers la Valachie et la Moldavie des xve–xviie siècles, en mobilisant une importante quantité de données prosopographiques et anthroponymiques. Il y est montré que, contrairement à d’anciens préjugés historiographiques, les vagues d’émigration sud-slave n’ont pas cessé de couler vers le nord du Danube après la disparition des anciennes noblesses balkaniques, dont la noblesse serbe qui s’est éclipsée dans la première moitié du xvie siècle. On constate également que l’immigration communément appelée « grecque » arrivait de régions sud-danubiennes d’une relative proximité, l’espace d’origine des migrants dépassant rarement la Macédoine, à l’est, et la Thessalie, au sud. L’enquête met en lumière une forte concentration de migrants originaires d’Épire et des régions proches. L’espace levantin (îles égéennes et ioniennes) et l’espace constantinopolitain sont beaucoup moins représentés, comparés aux régions continentales de langue grecque. La répartition géographique des espaces d’origine des migrants correspond parfaitement à celle des donations religieuses (princières et privées) provenant de Valachie et de Moldavie pendant la période étudiée, ce qui conforte les résultats de mon enquête. Elle correspond également à la géographie des espaces dont les populations chrétiennes ont bénéficié d’une autonomie administrative et judiciaire de la part des sultans, autonomie qui devait conférer aux bénéficiaires (et surtout aux hommes célibataires) une certaine liberté de déplacement à travers l’espace de souveraineté ottoman et au-delà de ses limites, y compris dans les provinces nord-danubiennes dépendantes de la Porte. Il se trouve que parmi les populations qui jouissaient de tels privilèges collectifs figuraient maintes communautés régies par l’ancien droit coutumier valaque (jus valachicum), certaines attachées à l’orthodoxie de langue grecque et d’autres à celle de langue slavonne. D’où l’on déduit qu’une bonne partie des sujets ottomans installés dans les Principautés de Valachie et de Moldavie devaient être des Valaques (connus, d’ailleurs, pour avoir étendu leurs réseaux de commerce vers les grandes villes de l’empire des Habsbourg, au xviiie siècle). Le tout porte à conclure qu’on a affaire à des migrants originaires de régions où le multilinguisme était à l’ordre du jour, qu’ils avaient pour caractéristique le fait de partager des appartenances collectives (spatiales et linguistiques ou culturelles plus généralement) multiples. Pareille constatation ouvre de nouvelles perspectives de recherche et d’interprétation quant aux représentations sociales des différences culturelles et des comportements identitaires individuels, à une époque où l’on est encore loin du principe politique de la souveraineté des peuples.