Quand le présent fait le passé : modalité et finalité du récit de l’harmonie turco-juive

Le récit de l’amitié turco-juive, mis en scène depuis le début des années 1990, offre l’originalité de s’appuyer sur des réalités anciennes largement mythifiées au cours des siècles (en particulier les légendes qui entourent l’accueil des juifs expulsés d’Espagne par l’Empire ottoman) en les adaptan...

Descripció completa

Guardat en:
Dades bibliogràfiques
Publicat a:URI:https://journals.openedition.org/cdlm,
Autor principal: Mallet, Laurent
Format: Article ou chapitre numérique
Idioma:Français
Publicat: Cahiers de la Méditerranée 2013
Matèries:
Accés en línia:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Descripció
Sumari:Le récit de l’amitié turco-juive, mis en scène depuis le début des années 1990, offre l’originalité de s’appuyer sur des réalités anciennes largement mythifiées au cours des siècles (en particulier les légendes qui entourent l’accueil des juifs expulsés d’Espagne par l’Empire ottoman) en les adaptant aux nécessités du moment : faire la démonstration d’une coexistence religieuse judéo-musulmane dans le cadre ottoman et en République de Turquie. Ce faisant, le récit repose conjointement sur des éléments historiques souvent exagérés mais authentifiés, sur des éléments mythiques qui circulent en tant que tels depuis des siècles, et sur des éléments discursifs qui relèvent de simples contre-vérités (comme le rôle joué par la Turquie dans le sauvetage des juifs d’Europe au cours de la seconde guerre mondiale), mais qui permettent d’étayer utilement le discours global. Ce récit n’est pas sans conséquence sur les relations entre les deux confessions : la surexposition médiatique de la communauté juive a eu pour conséquence la montée en puissance d’une judéophilie abstraite (le juif comme modèle d’une « occidentalisation » réussie) et un antisémitisme concret (pour les mêmes raisons en miroir). Quant à la communauté juive, elle est prise dans un « piège discursif » du fait de la distorsion entre la réalité de sa situation contemporaine et la nécessité de rendre grâce de la prétendue « tolérance » turque.