« Il n’est point de mérite où la grâce n’est pas ». Corneille traducteur de L’Imitation de Jésus-Christ au temps des querelles sur la grâce

Corneille, brillant élève des collèges jésuites, professe-t-il une spiritualité opposée à celle de Port-Royal et de Pascal ? À considérer L’Imitation de Jésus-Christ, traduite par Corneille dans les années 1650, cette question ne peut recevoir de réponse simple. Dans cet ouvrage, le poète retrouve e...

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Bibliographic Details
In:URI:https://journals.openedition.org/cbp,
Main Author: Gheeraert, Tony
Format: Article ou chapitre numérique
Language:Français
Published: Courrier Blaise Pascal 2023
Subjects:
Online Access:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Description
Summary:Corneille, brillant élève des collèges jésuites, professe-t-il une spiritualité opposée à celle de Port-Royal et de Pascal ? À considérer L’Imitation de Jésus-Christ, traduite par Corneille dans les années 1650, cette question ne peut recevoir de réponse simple. Dans cet ouvrage, le poète retrouve en effet les accents d’une lyrique baroque fortement marquée par le pessimisme augustinien et l’inconstance noire. Le traducteur n’adoucit en rien la condamnation de la vaine gloire et l’anthropologie sombre professée par Thomas a Kempis, et dont on retrouve aisément des échos dans les Pensées. Chez Corneille, ces aspects sont toutefois tempérés par l’influence de l’humanisme dévot. La traduction cornélienne de L’Imitation prend soin de trouver un point d’équilibre entre l’augustinisme sévère auquel se rattache souvent le traité de Thomas a Kempis, et la position plus humaniste de ses anciens maîtres. Loin de donner des gages à l’un ou l’autre camp, Corneille, très au fait des débats théologiques de son temps, cherche au contraire à proposer une traduction susceptible de réconcilier les partis alors en conflit, en réaffirmant le délicat équilibre tridentin sur les matières touchant la grâce.