Soi-même comme un autre ? Vertus et contradictions de la géographie mentale orientaliste

L’article prend au mot la question de la présence d’un l’Orient à l’intérieur de l’Europe et notamment dans la péninsule ibérique, en élargissant cette problématique à sa dimension européenne à partir d’Edgar Quinet qui fut le transmetteur de la relation orientale propre aux pays germanophones. Si l...

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Pubblicato in:URI:https://journals.openedition.org/carnets,
Autore principale: Dubost, Jean-Pierre
Natura: Article ou chapitre numérique
Lingua:Français
Pubblicazione: Carnets 2025
Soggetti:
Accesso online:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Descrizione
Riassunto:L’article prend au mot la question de la présence d’un l’Orient à l’intérieur de l’Europe et notamment dans la péninsule ibérique, en élargissant cette problématique à sa dimension européenne à partir d’Edgar Quinet qui fut le transmetteur de la relation orientale propre aux pays germanophones. Si la dénonciation d’un Orient comme « scène de théâtre attaché à l’Europe » si visible dans l’exotisme romantique faisant de l’Ibérie une scène orientale « domestique », est pour Edward Said indissociable du processus colonial, ce rapport est inexistant dans l’espace germanophone, et Said reconnaît aussi qu’une intelligence du dix-huitième siècle pouvait « ouvrir une brèche dans les murs doctrinaux » et « apercevoir des éléments cachés entre Orient et Occident. » Ce fut entre autres le cas dans certains textes de Herder que Quinet a traduits, dans lesquels un deep understanding accompagne une problématique de la diversité des identités culturelles. Le Génie des religions de Quinet (1842) s’en inspire, surtout dans le chapitre intitulé La renaissance orientale. La « géographie mentale » qu’elle construit est particulièrement visible dans les pages consacrées aux Lusiades, dans lesquelles Quinet voit « une alliance de l’Orient et de l’Occident », confondant les vaisseaux de la conquête et l’unification de l’humanité. C’est le point aveugle d’un cosmopolitisme dont le substrat théologico-politique hérité de Herder s’allie à « l’esprit de l’industrie ». Si le processus colonial est oblitéré, dans les cours de ‘littérature étrangère’ que Quinet donne à Lyon et dont il intègre le message dans l’ouvrage, il lance aussi un vibrant appel à dépasser « l’idolâtre des nations » dans une perspective de littérature mondiale (Weltliteratur) qui naît d’une conscience de mondialité (Weltbewusstsein) à la fois animée d’un désir d’altérité et d’esprit bourgeois, comme le dénoncent Marx et Engels dans leur éloge critique de la Weltliteratur goethéenne.