Entre l’image et l’écrit. La politique tukano de patrimonialisation en Amazonie

Cet article analyse une remarquable série d’ouvrages, la Coleção Narradores Indígenas do Alto Rio Negro (désormais NIRN), publiée au cours des dix dernières années par des auteurs indigènes tukanoiens de la région brésilienne du Haut Rio Negro. Ces livres ont été financés par la Federação das Organi...

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Uloženo v:
Podrobná bibliografie
Vydáno v:URI:https://journals.openedition.org/cal,
Hlavní autor: Hugh-Jones, Stephen
Médium: Article ou chapitre numérique
Jazyk:Français
Vydáno: Cahiers des Amériques latines 2013
Témata:
On-line přístup:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
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Shrnutí:Cet article analyse une remarquable série d’ouvrages, la Coleção Narradores Indígenas do Alto Rio Negro (désormais NIRN), publiée au cours des dix dernières années par des auteurs indigènes tukanoiens de la région brésilienne du Haut Rio Negro. Ces livres ont été financés par la Federação das Organizações Indígenas do Alto Rio Negro (FOIRN) et l’Instituto Socioambiental (ISA), une ONG brésilienne consacrée à la protection de l’environnement et à la défense de l’héritage culturel des peuples indigènes. Chacun comporte les récits d’origine, les mythes et l’histoire récente d’un groupe particulier du Haut Rio Negro, généralement racontés du point de vue de l’un de ses clans. L’apparition de cette littérature indigène, exceptionnelle dans le contexte amazonien, peut se comprendre par la conjonction singulière de plusieurs facteurs, historiques et culturels : la volonté de « sauvegarder » par écrit une tradition orale en déclin sous la pression de l’urbanisation et de la scolarisation des jeunes générations dans un contexte politique brésilien et international favorable aux revendications identitaires n’explique pas tout. Les groupes tukanoiens se sont familiarisés depuis la fin du xixe siècle avec le pouvoir du savoir écrit, que ce soit dans les internats salésiens ou au contact des ethnologues et de l’État. Mais l’usage cérémoniel du livre en tant qu’objet matériel par certains clans patrilinéaires s’inscrit aussi dans des pratiques religieuses et des stratégies politiques anciennes. Plus profondément encore cet article démontre qu’il existe chez certains collectifs une prédisposition culturelle à la réification, voire à la patrimonialisation de leur culture. Il y aurait une affinité élective entre l’importance que les populations du Haut Rio Negro confèrent au savoir ésotérique et leur goût des livres, comme il pourrait y avoir une affinité élective entre la place primordiale que les Kayapo accordent à l’esthétique de leurs cérémoniels politiques et leur passion pour les caméras vidéo.