Mobilisations foncières et logiques d’autonomie des communautés paysannes de l’Urabá colombien (1997-2010)

Sur la longue période, l’Urabá colombien s’est constitué en tant qu’espace de colonisation agricole et d’exploitation des ressources naturelles : la réserve de terres disponibles (« baldíos de la Nación ») semblait illimitée. Depuis la fin des années 1950, l’État central a été absent de toute forme...

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Dans:URI:https://journals.openedition.org/cal,
Auteur principal: Rolland, Stellio
Format: Article ou chapitre numérique
Langue:Français
Publié: Cahiers des Amériques latines 2016
Sujets:
Accès en ligne:Accès Université d'Orléans et IFPM
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Description
Résumé:Sur la longue période, l’Urabá colombien s’est constitué en tant qu’espace de colonisation agricole et d’exploitation des ressources naturelles : la réserve de terres disponibles (« baldíos de la Nación ») semblait illimitée. Depuis la fin des années 1950, l’État central a été absent de toute forme de régulation socio-politique et économique dans cette région de marge touchée par un contexte de forte conflictualité sociale et guerrière et par une présence considérable du trafic de drogue et de la criminalité organisée. L’Urabá était avant tout perçu comme un espace dévalorisé, voué à la relégation et à la stigmatisation des communautés paysannes locales, souvent accusées de soutenir la guérilla.Au cours des deux dernières décennies, la tendance à la dévalorisation symbolique de la région s’est progressivement inversée et l’État central a multiplié les tentatives d’ancrage social et de légitimation à l’échelon local. Peu à peu, l’Urabá a émergé en tant qu’espace de développement, de modernisation socio-économique et de protection de l’environnement. L’identité ethnique et culturelle des communautés afro-colombiennes locales s’est progressivement construite avant d’être finalement reconnue par la législation étatique (loi 70 de 1993).À partir de 1997, dans un contexte d’intensification du conflit armé, plusieurs initiatives locales de résistance à la violence et de regroupement communautaire de petits paysans déplacés ont été soutenues par l’Église et par des ONG. Ces stratégies de survie et de retour collectif sur les terres d’origine ont abouti à la mise en place de projets territoriaux et politiques alternatifs dans des espaces interstitiels. Certaines communautés paysannes ont accédé à la propriété de leurs terres en nom collectif, tout en valorisant la polyculture de subsistance et en contestant l’emprise territoriale détenue par de puissantes entreprises agro-industrielles (plantations de palmier à huile, élevage bovin extensif). À l’échelon local, une société civile s’est peu à peu constituée et plusieurs organisations communautaires ont réussi à exercer des formes d’autonomie tant vis-à-vis des groupes armés irréguliers (guérillas, paramilitaires) que de l’État central.