Le rap au prétoire : luttes politico-judiciaires autour de deux clips (Jo le Phéno et Nick Conrad)

Par l’ethnographie de deux procès, celui du rappeur Jo le Phéno, mis en examen pour son titre « Bavure », et celui de Nick Conrad pour « PLB », cet article analyse le rôle de l’institution judiciaire dans la construction sociale du genre rap. Alors que les commentaires récents de spécialistes du dro...

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Bibliografische gegevens
Gepubliceerd in:URI:https://journals.openedition.org/bssg,
Hoofdauteur: Carinos Vasquez, Emmanuelle
Formaat: Article ou chapitre numérique
Taal:Français
Gepubliceerd in: Biens Symboliques / Symbolic Goods 2022
Online toegang:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Omschrijving
Samenvatting:Par l’ethnographie de deux procès, celui du rappeur Jo le Phéno, mis en examen pour son titre « Bavure », et celui de Nick Conrad pour « PLB », cet article analyse le rôle de l’institution judiciaire dans la construction sociale du genre rap. Alors que les commentaires récents de spécialistes du droit insistent sur l’idée d’un « bouclier juridique » octroyé au rap, les deux artistes sont condamnés en première instance. L’article propose donc d’élucider le paradoxe d’une jurisprudence apparemment protectrice et de condamnations encore fréquentes. L’analyse comparée des deux affaires permet d’identifier des « prises » par lesquelles l’institution judiciaire définit l’accès des titres incriminés au statut d’œuvre d’art et à la parole engagée légitime et légale en s’appuyant sur des interactions, catégories et représentations traversées de rapports sociaux de pouvoir (âge, classe, sexe, race). Les audiences, envisagées comme espaces de violence symbolique, permettent de documenter une dynamique commune aux deux procès : le retournement – par le tribunal – de la revendication – par les artistes – de la frontalité et l’ancrage dans un vécu réel comme choix artistiques en tant que prises pour l’illégitimation des œuvres et des prévenus. Ces derniers sont alors catégorisés via des assignations minorisantes qui les éloignent du statut d’artiste pourtant reconnu dans les jurisprudences. À travers ces deux cas, on voit comment l’institution judiciaire construit l’« (il)légitimité paradoxale » du rap, identifiée par Karim Hammou à l’orée des années 2010 (2012, 2016) : genre artistique qui n’est ni complètement légitimé, ni complètement illégitime, mais qui est particularisé comme minoritaire, ambivalence expliquant la coexistence de jurisprudences protectrices et de condamnations.