L’esprit de corps
Aborder la question de l’esprit de corps conduit à envisager les rapports de solidarité interindividuels et l’unité du corps politique à l’aune d’une approche génétique qui, s’affranchissant des questions de droit et de fondement, peut mettre en évidence les mécanismes qui, de fait, président à leur...
Bewaard in:
| Gepubliceerd in: | URI:https://journals.openedition.org/asterion, |
|---|---|
| Andere auteurs: | |
| Formaat: | Article ou chapitre numérique |
| Taal: | Français |
| Gepubliceerd in: |
Astérion
2025
|
| Onderwerpen: | |
| Online toegang: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Samenvatting: | Aborder la question de l’esprit de corps conduit à envisager les rapports de solidarité interindividuels et l’unité du corps politique à l’aune d’une approche génétique qui, s’affranchissant des questions de droit et de fondement, peut mettre en évidence les mécanismes qui, de fait, président à leur constitution. L’esprit de corps jouit en effet d’une réputation ambivalente : source de corporatisme et d’intérêt particulier venant, parfois de l’intérieur même de l’appareil d’État, fourvoyer l’esprit qui devrait à la fois animer les grands corps de l’État et garantir leur loyauté, il apparaît aussi comme condition de permanence, de stabilité, d’unité, de puissance et de cohésion des groupes sociaux. Cette ambivalence, si elle est constatée, autorise d’aborder la question politique sans présupposé axiologique, et d’interroger, en matière politique, non pas tant « ce qui doit être » que « comment cela fonctionne », en constatant que cela ne fonctionne jamais tout à fait. Relire certains moments de l’histoire moderne des idées politiques à cette aune implique dès lors une tout autre compréhension du rapport des individus à l’État et aux institutions : loin d’être fondé sur une rationalité morale ou juridique, ce qui fait la loyauté des membres d’un groupe repose surtout sur les affects et l’imagination, ce qui explique non seulement le potentiel séditieux ou factieux des corps constitués, mais aussi leur précarité. Addressing the issue of the esprit de corps means considering interpersonal relationships of solidarity and the unity of the body politic from a genetic approach, which, beyond matters of law and foundation, can highlight the mechanisms that preside over their constitution. The esprit de corps has an ambivalent reputation: a source of corporatism and special interest which, sometimes from within the State apparatus itself, distorts the spirit that should animate the great bodies of the State and guarantee their loyalty. It also appears to be a condition of permanence, stability, unity, power and cohesion of social groups. This ambivalence, if recognised, allows us to address the political question without axiological presuppositions and to question in political matters not so much ‘what should be’ as ‘how it works’, noting that it never quite works. Rereading certain moments in the modern history of political ideas in this light implies an entirely different understanding of the relationship between individuals, the State and its institutions. Far from being based on moral or legal rationality, the loyalty of the members of a group is based, above all, on affect and imagination, which explains not only the seditious or factious potential of constituted bodies but also their precariousness. |
|---|