Tracer des désirs et contraindre les dieux

Chez les Sora, groupe tribal du centre-est de l’Inde, des peintures murales sont tracées avec de la poudre de riz dans l’espace domestique. Ces images sont désignées par le terme idisu’ung, que l’on peut traduire par « maisons peintes ». Elles constituent, de fait, des sortes de « maisons » pour les...

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In:URI:https://journals.openedition.org/assr,
Main Author: Guillaume-Pey, Cécile
Format: Article ou chapitre numérique
Language:Français
Published: Archives de sciences sociales des religions 2019
Subjects:
Online Access:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Description
Summary:Chez les Sora, groupe tribal du centre-est de l’Inde, des peintures murales sont tracées avec de la poudre de riz dans l’espace domestique. Ces images sont désignées par le terme idisu’ung, que l’on peut traduire par « maisons peintes ». Elles constituent, de fait, des sortes de « maisons » pour les esprits dans les habitations sora. Leur réalisation s’insère à l’intérieur d’un dispositif rituel complexe dont la mise en œuvre requiert la collaboration entre un peintre et d’autres officiants qui persuadent par leurs chants, ou leurs discours, des esprits à venir habiter l’image. Au cours de la performance, plusieurs modes d’expression, mobilisant divers registres sensoriels, s’articulent ainsi. À la différence des images vénérées dans les temples hindous, où le fait de voir et d’être vu par la divinité constitue pour le dévot un acte crucial, les peintures sora ne sont pas faites pour être contemplées par les humains. L’image, en tant que support du « croire », ne se laisse pas ici appréhendée par le biais d’un « voir » constituant aussi une forme de « savoir ». Afin de rendre compte de la manière dont ces « maisons » sont perçues, des « expectations » qu’elles convient, et donc des modalités du « faire croire » qu’elles mettent en œuvre, l’article resitue ces peintures au sein du complexe d’images, d’objets, de mots et de gestes dans lequel elles s’inscrivent. Il examine ensuite les dynamiques contemporaines – patrimonialisation, passage à l’art, et conversions religieuses – qui influent à la fois sur la production, la circulation et, parfois, la disparition des « maisons » peintes pour les esprits, alors détrônées par des supports rituels concurrents.