L’imaginaire de la trace dans la réception de la tragédie grecque depuis 1980 (Heiner Müller, Tony Harrison, Kae Tempest)

L’article se propose d’analyser l’évolution de la réception de la tragédie grecque à partir des années 1980, en s’appuyant sur la trace comme outil d’interprétation. Chère à la pensée postmoderne, cette notion permet de penser une des tendances de fond des réécritures contemporaines : alors que la c...

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Veröffentlicht in:URI:https://journals.openedition.org/anabases,
1. Verfasser: Finck, Léonore
Format: Article ou chapitre numérique
Sprache:Français
Veröffentlicht: Anabases 2026
Schlagworte:
Online Zugang:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Beschreibung
Zusammenfassung:L’article se propose d’analyser l’évolution de la réception de la tragédie grecque à partir des années 1980, en s’appuyant sur la trace comme outil d’interprétation. Chère à la pensée postmoderne, cette notion permet de penser une des tendances de fond des réécritures contemporaines : alors que la conception classique, notamment héritée de l’idéalisme allemand, considère les tragédies comme un héritage lisible à imiter et perpétuer, la réception tend, depuis l’après-guerre, à voir dans les textes grecs des fragments opaques d’une réalité perdue. Lire ou représenter une tragédie grecque serait donc moins une plongée maîtrisée dans le passé que le pistage d’un objet qui se dérobe, dont les réécritures et mises en scènes exhibent alors le caractère incertain. Après avoir rappelé les fondements historiques de ce tournant dans la réception – à chercher dans les multiples « déconstructions » postmodernes (fin des grandes idéologies, atomisation de la société, émiettement des communautés, multiplication des moyens de communication, crise du sens) et dans l’émergence du théâtre post-dramatique, nous en étudierons l’évolution, grâce à l’étude de trois réécritures. La première (le triptyque Medeamaterial de Heiner Müller, 1983) exploite le « paradigme de la trace » à la fois comme une modalité particulière de réception – l’hypotexte imprime sa marque dans l’hypertexte comme « survivance » d’un affect – et comme contenu possible du tragique, que l’auteur est-allemand associe à l’abandon, au ressassement et à la décomposition. La deuxième (The Trackers of Oxyrhynchus de Tony Harrison, 1988) questionne les dynamiques de pouvoir à l’œuvre dans l’interprétation des fragments antiques. La dernière (Paradise de Kae Tempest, 2021), tout en faisant fond sur le même imaginaire, illustre une sortie possible de ce paradigme, arrivé à une forme de stagnation : plutôt que de creuser l’ornière du passé, la pièce ouvre la voie à une forme d’utopie, sous la forme d’un chœur de femmes qui s’ancre résolument dans le présent et l’avenir.