Les traces du passé et les preuves du présent : le cas des Philippines
Colima, une ville (et un petit état) de l’ouest mexicain, sur les bords du Pacifique, est connue comme la « ville des palmiers », grâce à l’abondance de ses cocotiers (Cocos nucifera L.). Selon ses habitants, les palmeraies sont originaires de la région : depuis les « temps immémoriaux » ils ont bén...
Sparad:
| I publikationen: | URI:https://journals.openedition.org/actesbranly, |
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| Huvudupphovsman: | |
| Materialtyp: | Article ou chapitre numérique |
| Språk: | Français |
| Publicerad: |
Les actes de colloques du musée du quai Branly Jacques Chirac
2016
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| Länkar: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Sammanfattning: | Colima, une ville (et un petit état) de l’ouest mexicain, sur les bords du Pacifique, est connue comme la « ville des palmiers », grâce à l’abondance de ses cocotiers (Cocos nucifera L.). Selon ses habitants, les palmeraies sont originaires de la région : depuis les « temps immémoriaux » ils ont bénéficié de cet arbre, tout aussi bien s’agissant de gastronomie que d’architecture. De fait la boisson traditionnelle et identitaire de Colima est la tuba élaborée à partir de la sève du cocotier, et le « tubero » —tout à la fois celui qui récolte la sève au sommet des arbres, et qui la vend par les rues— a sa statue dans un des jardins du centre de la ville. La municipalité a même tenté de lui imposer un habit de « manta », c’est-à-dire indigène. En fait, si l’on va un peu sous la surface, il apparaît vite, comme en d’autres cas, que la réalité historique demande un peu plus que des ajustements à ce qui est une autre « invention ». Le Cocos nucifera fut introduit à Colima à la fin du XVIe siècle, grâce à la conquête des Philippines à partir de 1565 et au Galion de Manille. Ce furent les Philippins immigrés en Nouvelle Espagne (Mexique) qui, dans cette région, introduisirent leur savoir-faire pour une bonne utilisation du palmier et la confection de cette boisson et son dérivé distillé, le « vin de coco ».A partir de ces antécédents, en 2012, j’ai entrepris une recherche aux Philippines, dans la perspective non seulement d’une histoire régressive, sur quatre siècles et demi, compliquée de transferts géographiques, d’une rive à l’autre du Pacifique. Cela me permettait de comprendre mieux les phénomènes liés aux échanges culturels et matériels entre le Mexique et les Philippines. Dans ces pays je découvris des faits fascinants : au-delà du cocotier, les deux pays ont échangé diverses plantes, diverses techniques, des connaissances gastronomiques, bien entendu des pratiques religieuses que l’on connait mieux. Ici comme au Mexique, les unes et les autres ont été appropriées, sont considérées comme originaires du lieu. Même si le transfert s’accompagne de survivances linguis¬tiques : le terme « tuba » est philippin, et le « kamoteng » usé aux Philippines provient du nahuatl « camotl » —patate douce.La distillation de la tequila, boisson nationale mexicaine trouve son origine dans l’alambic philippin ; le paliacate, mouchoir aux couleurs vives et aux dessins caractéristiques, tradition-nellement dans toutes les poches mexicaines, vient des Indes. A l’inverse la papaye, l’ananas bien installés sur les tables philippines, proviennent d’Amérique. Le cas de l’ananas, tout comme celui de la tuba conduisent à un constat : au long des siècles, de chaque côté du pacifique, il y a eu deux cheminements parallèles : et la tuba de Colima est aujourd’hui différente de la philippine, tout comme ses buveurs, socialement ; et les Philippins, ayant reçu l’ananas sont les seuls à l’avoir tissé, et en ont fait un de leurs référents nationaux.Qu’est-ce qui a dévié, voire oblitéré les mémoires historiques ? En quoi l’enquête anthropologique peut-elle aider à résoudre des questions de cette nature ? Sans oublier l’histoire, qui pose des jalons, mais aussi la géographie qui encadre les dilemmes. On observe aujourd’hui que les Philippins ont une extraordinaire habileté pour le tissage. Elle se perçoit depuis au moins les temps de l’occupation espagnole. Elle se comprend en observant la richesse de la nature de l’archipel en plantes les plus diverses. On la touche aujourd’hui en admirant les magnifiques habits de fibre de piña (ananas). Bien sûr il reste, au cœur de la question, l’interrogation profonde : pourquoi est-ce cette nouvelle venue qui est devenue l’expression de la fierté nationale, ou régionale ? |
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