L’orang-outang, l’esclave et l’humain : une querelle des corps en régime colonial

Cet article analyse l’impact que l’infléchissement des pratiques médicales, réélaborées dans d’autres cadres disciplinaires – les histoires philosophiques et naturelles, notamment – provoque dans les débats britanniques sur l’esclavage des années 1770. Il s’attache à suivre les usages des débats sur...

Descripció completa

Guardat en:
Dades bibliogràfiques
Publicat a:URI:https://journals.openedition.org/acrh,
Autor principal: Sebastiani, Silvia
Format: Article ou chapitre numérique
Idioma:Français
Publicat: L’Atelier du Centre de recherches historiques 2013
Matèries:
Accés en línia:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Descripció
Sumari:Cet article analyse l’impact que l’infléchissement des pratiques médicales, réélaborées dans d’autres cadres disciplinaires – les histoires philosophiques et naturelles, notamment – provoque dans les débats britanniques sur l’esclavage des années 1770. Il s’attache à suivre les usages des débats sur l’orang-outang, dont l’humanisation est accompagnée d’une représentation bestialisée de « l’homme sauvage ». Il montre comment, dans l’Angleterre et l’Écosse de cette époque, les défenseurs de l’esclavage s’appuient sur les théories qui conduisent au rapprochement entre l’orang-outang et les Noirs, pour justifier leurs positions politiques, et par là-même renforcent le camp de ceux qui, philosophes, médecins, ou hommes politiques, contribuent à fracturer l’unité de l’espèce humaine.L’analyse s’attache à suivre les réemplois de l’œuvre d’Edward Tyson. La dissection de l’orang-outang (en réalité un chimpanzé) qu’il pratique à Londres en 1698 et sa comparaison ponctuelle avec le corps humain, marque un tournant dans les pratiques médicales du xviiie siècle, qui affecte la définition philosophique et historique de l’humain : la similitude qu’elle permet d’établir avec l’homme, sur le plan du corps et du cerveau, conduit l’anatomiste à suggérer une possible continuité entre monde animal et humain, qui invite à repenser la labilité des frontières qui les séparent. à partir de cette expérience, la comparaison entre singes anthropomorphes et hommes « sauvages » – catégorie qui inclut les Noirs et les Indiens Américains mais aussi, au cœur même de l’Europe, les enfants trouvés – devient un geste récurrent de l’anatomie comparée à l’époque des Lumières, une branche de la médecine en plein essor dans cette période.