Légitimité démocratique et autorité en temps de Corona : L’allocution à la nation d’Angela Merkel (18 mars 2020)

Cet article se propose d’étudier les procédures discursives et argumentatives qui construisent la légitimité et l’autorité de la Chancelière Angela Merkel dans sa première allocution télévisée sur la Covid-19. Instaurant une distinction nécessaire en ces deux notions corrélées et souvent confondues,...

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Shranjeno v:
Bibliografske podrobnosti
izdano v:URI:https://journals.openedition.org/aad,
Auteurs principaux: Siess, Jürgen, Amossy, Ruth
Format: Article ou chapitre numérique
Jezik:Français
Izdano: Argumentation et analyse du discours 2022
Teme:
Online dostop:Accès Université d'Orléans et IFPM
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Opis
Izvleček:Cet article se propose d’étudier les procédures discursives et argumentatives qui construisent la légitimité et l’autorité de la Chancelière Angela Merkel dans sa première allocution télévisée sur la Covid-19. Instaurant une distinction nécessaire en ces deux notions corrélées et souvent confondues, l’analyse dégage une rhétorique globale du coronavirus : mise en scène de la légitimité institutionnelle renforcée par l’unité des gouvernants (un « nous » englobant), construction d’autorité par le recours à l’argument d’autorité épistémique (les experts), justification des mesures anti-Covid par des arguments pragmatiques ou par l’exemple, construction d’un ethos qui assure une crédibilité. En même temps, l’analyse dévoile des procédés propres aux situations d’urgence : mise en valeur d’un consensus politique absolu, et illusoire, aux dépens d’une délibération démocratique ouverte ; réduction de la parole scientifique à une parole d’experts susceptible de fournir des certitudes aux décisionnaires, transformés en gestionnaires ; déplacement des valeurs démocratiques du plan de l’action vers le plan du discours ; demande au public d’accepter de son plein gré des mesures d’ores et déjà édictées. Enfin, l’article souligne les spécificités de la parole de Merkel en cette occasion : le métadiscours qui aborde de front le rapport à la démocratie, mais aussi à l’argumentation, l’insistance sur les valeurs humaines considérées comme supérieures aux valeurs démocratiques enfreintes, la posture de proximité censée contribuer à la légitimation morale et à renforcer l’autorité de la Chancelière. La dimension éthique du discours est d’autant plus saillante qu’elle s’appuie fortement sur des arguments pragmatiques. Une autre caractéristique est la présentation de soi singulière d’Angela Merkel : aveu de sa propre fragilité, image de femme sensible qui unit la raison et le sentiment, appui sur une éthique fortement imprégnée d’affectivité qui lui donne un accent très humain et qui en appelle à « l’action solidaire » plus qu’à l’obéissance.