« Être dans la machine », une posture moderne. Dispositifs cinématographiques de Bergson à L’Herbier

Cet article repart de la critique bergsonienne du cinématographe qui modéliserait une forme de connaissance échappant au pouvoir de l'intuition. Bergson décrit, en effet, le résultat de la décomposition qu'opèrent la perception, la pensée ou la science comme une série de « vues prises » su...

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Détails bibliographiques
Dans:URI:https://journals.openedition.org/1895,
Auteur principal: Tortajada, Maria
Format: Article ou chapitre numérique
Langue:Français
Publié: 1895. Mille huit cent quatre-vingt-quinze 2018
Accès en ligne:Accès Université d'Orléans et IFPM
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Description
Résumé:Cet article repart de la critique bergsonienne du cinématographe qui modéliserait une forme de connaissance échappant au pouvoir de l'intuition. Bergson décrit, en effet, le résultat de la décomposition qu'opèrent la perception, la pensée ou la science comme une série de « vues prises » sur le mouvement des choses : des « instantanés photographiques ». Le modèle cinématographique sert, chez lui, à rendre compte de la juxtaposition spatiale de ces vues, opposées au flux continu du devenir : une série d'images constituées à partir d'un point de vue extérieur, tournant le dos au devenir intérieur des choses mais aussi recomposant leur devenir artificiellement. Cette dernière expression montre que Bergson ne fait pas seulement porter sa critique du mécanisme de la pensée sur le stade de décomposition du mouvement, mais aussi sur le moment de sa restitution. Ce qui est visé est alors le moment de la synthèse, de ce qui est le propre de la machine à projection car c'est elle qui donne le mouvement artificiel aux instantanés. Or ce mouvement des rouages est invisible, il offre un « point de vue » impossible, aveugle : comment dès lors « s'installer dans le mouvement », postulat immersif du bergsonisme ? Pourtant la modernité a envisagé ce point de vue, « être dans la machine » (Jarry, Vertov, Chaplin). Marcel L'Herbier, retournant Bergson contre lui-même, transforme ainsi le requisit de l'intuition – s'installer dans le flux du devenir, de la continuité du monde –, en installation dans la machine, au cœur du mécanisme cinématographique, à cette place impossible mais postulée implicitement par le philosophe, où le mouvement de la bande cinématographique reconstitue le mouvement factice sur l'écran. Pour lui le mouvement de la machine est l'équivalent du mouvement indécomposable de la vie.