La pensée est-elle apatride ?
En tant qu’activité qui a sa fin en soi, la pensée théoricienne se met elle-même spontanément hors du monde. Abstraire implique de s’arracher à la quotidienneté, et de créer un entourage propice à cette néo-réalité que la pensée joue à construire. On reprendra ici les propos d’Aristote qui définit...
Guardat en:
| Autor principal: | |
|---|---|
| Format: | Article ou chapitre numérique |
| Idioma: | Français |
| Publicat: |
2002
|
| Accés en línia: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| id |
cairn-TOP_080_0007 |
|---|---|
| record_format |
cairn |
| spelling |
cairn-TOP_080_0007TOPTopique https://shs.cairn.info/revue-topique-2002-3-page-7?lang=fr https://doi.org/10.3917/top.080.0007 La pensée est-elle apatride ? de Mijolla-Mellor, Sophie2002 fre Topique | 80 | 3 | 2002-09-01 | p. 7-13 | 0040-9375 TOP_08084 En tant qu’activité qui a sa fin en soi, la pensée théoricienne se met elle-même spontanément hors du monde. Abstraire implique de s’arracher à la quotidienneté, et de créer un entourage propice à cette néo-réalité que la pensée joue à construire. On reprendra ici les propos d’Aristote qui définit la vie de l’esprit (Bios theorèticos) comme une vie d’étranger (Bios xenikos) pour souligner que ce trait est de toutes les époques et de toutes les cultures. Mais face à cette extraterritorialité propre à l’intellect se dresse la situation concrète de ceux qui en sont les acteurs: que devient la pensée, qui se meut parmi les universaux, lorsque le penseur est arraché à ses repères familiers, plongé dans un bain de langage étranger, bref exilé? La situation des psychanalystes contraints à l’exil par la montée du nazisme est-elle comparable à celle d’Érasme ou de Spinoza qui constituaient autour d’eux un monde de la pensée en se déplaçant d’un pays à l’autre? On envisagera ici les destins de la psychanalyse en exil non seulement à partir du développement de la théorie, mais aussi vis-à-vis de la pratique clinique et de l’audience que cette nouvelle approche du psychisme pouvait trouver dans le public.Is Thinking Nationless? As an activity that is an end in itself, theoretical thinking spontaneously cuts itself off from the real world. Dealing in abstractions implies tearing oneself away from everyday life, and creating an environment that is conducive to the neo-reality that thinking gradually constructs. We will discuss here Aristotle’s definition of the life of the mind (Bios theoreticos) as being that of the life of a stranger (Bios xenikos), thus showing how this characteristic is common to all periods and cultures. Opposing this extra-territoriality inherent to the intellect, stands the concrete situation of those who are indeed it actors – what becomes of thinking, as it travels through the realm of the universal, when the thinker is torn away from familiar points of reference, plunged into the sea of a foreign language, in short, sent into exile ? Is the situation of the psychoanalysts forced into exile by the rise of Nazism comparable with that of Erasmus or Spinoza who built up around themselves a world of thinking as they moved from one country to another? In this light, we will consider the destiny of psychoanalysis in exile not only from the starting point of the development of a theory, but also from the position of clinical practice and the attention given to this new approach to the psyche as it reached the public.Cairn free access |
| language |
Français |
| format |
Article ou chapitre numérique |
| building |
0/Bibliothèque numérique/ 1/Bibliothèque numérique/Cairn/ |
| description |
En tant qu’activité qui a sa fin en soi, la pensée théoricienne se met elle-même spontanément hors du monde. Abstraire implique de s’arracher à la quotidienneté,
et de créer un entourage propice à cette néo-réalité que la pensée joue à construire. On
reprendra ici les propos d’Aristote qui définit la vie de l’esprit (Bios theorèticos) comme
une vie d’étranger (Bios xenikos) pour souligner que ce trait est de toutes les époques et
de toutes les cultures.
Mais face à cette extraterritorialité propre à l’intellect se dresse la situation concrète
de ceux qui en sont les acteurs: que devient la pensée, qui se meut parmi les universaux,
lorsque le penseur est arraché à ses repères familiers, plongé dans un bain de langage
étranger, bref exilé? La situation des psychanalystes contraints à l’exil par la montée du
nazisme est-elle comparable à celle d’Érasme ou de Spinoza qui constituaient autour
d’eux un monde de la pensée en se déplaçant d’un pays à l’autre?
On envisagera ici les destins de la psychanalyse en exil non seulement à partir du
développement de la théorie, mais aussi vis-à-vis de la pratique clinique et de l’audience
que cette nouvelle approche du psychisme pouvait trouver dans le public. |
| author |
de Mijolla-Mellor, Sophie |
| spellingShingle |
de Mijolla-Mellor, Sophie La pensée est-elle apatride ? |
| author_facet |
de Mijolla-Mellor, Sophie |
| author_sort |
de Mijolla-Mellor, Sophie |
| title |
La pensée est-elle apatride ? |
| title_short |
La pensée est-elle apatride ? |
| title_full |
La pensée est-elle apatride ? |
| title_fullStr |
La pensée est-elle apatride ? |
| title_full_unstemmed |
La pensée est-elle apatride ? |
| title_sort |
la pensée est-elle apatride ? |
| publishDate |
2002 |
| container_title |
|
| container_issue |
|
| url |
https://ezproxy.univ-orleans.fr/login?url=https://shs.cairn.info/revue-topique-2002-3-page-7?lang=fr https://ezproxy.univ-orleans.fr/login?url=https://doi.org/10.3917/top.080.0007 |
| _version_ |
1877284649775923200 |