La corvée lors du creusement de l’isthme
Pratique ancestrale exercée depuis l’Antiquité, la corvée joua, lors du creusement du canal de Suez, un rôle fondamental que la légende dorée du canal – à bien des égards – tend à minimiser, sinon à occulter. De ce projet pharaonique qui révolutionna la navigation mondiale, une mémoire idéalisante r...
Sparad:
| Huvudupphovsman: | |
|---|---|
| Materialtyp: | Article ou chapitre numérique |
| Språk: | Français |
| Publicerad: |
2019
|
| Ämnen: | |
| Länkar: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Sammanfattning: | Pratique ancestrale exercée depuis l’Antiquité, la corvée joua, lors du creusement du canal de Suez, un rôle fondamental que la légende dorée du canal – à bien des égards – tend à minimiser, sinon à occulter. De ce projet pharaonique qui révolutionna la navigation mondiale, une mémoire idéalisante retient, en effet, moins le sacrifice de milliers de fellahs mobilisés sur les chantiers que le génie diplomatique des principaux acteurs (Lesseps, Saïd pacha, Ismaïl pacha, la Compagnie du Canal...) vantant ainsi l’union sacrée des deux mers qui venait de sceller le mariage mythique de l’Orient et de l’Occident. Or, c’est précisément le revers de la médaille, à savoir l’envoi à la corvée de milliers d’ouvriers égyptiens dans des conditions très précaires que nous souhaitons examiner. Un premier détour par l’histoire nous permettra de cerner comment, dans le cadre du percement de l’isthme, la corvée devient un enjeu polémique et géopolitique de taille. Et ce, avant de démonter les rouages d’une guerre des discours qui s’acharne à légitimer la corvée ou au contraire à la condamner dans un élan humaniste qui dissimule mal sa duplicité. Pour illustrer ce processus d’instrumentalisation de la corvée dans le discours propagandiste de l’époque, nous retiendrons notamment les retentissements médiatiques provoqués par la note turque qui stipule, parmi les conditions à la poursuite du creusement, l’arrêt de la corvée sur les chantiers. Enfin, nous tenterons d’analyser comment, en empathie avec les souffrances endurées par les fellahs, des écrivains comme Edmond About dans Le fellah (1869) et Erckmann-Chatrian dans Souvenirs d’un ancien chef de chantier à l’isthme de Suez (1877) ont représenté ce drame humain. |
|---|