Quand la fiction télévisuelle s’affranchit de l’Histoire : dénouements, détournements ludiques et contraintes médiatiques

Dans le dénouement d’un téléfilm « en costumes » diffusé sur France 2 en décembre 2009, Louis-Dominique Bourguignon, alias Cartouche, « bandit magnifique » du temps de la Régence, échappe miraculeusement – au regard de ce que nous dit l’Histoire – au supplice de la roue pour s’en aller couler des j...

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Auteur principal: Papin, Bernard
Format: Article ou chapitre numérique
Langue:Français
Publié: 2015
Accès en ligne:Accès Université d'Orléans et IFPM
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Description
Résumé:Dans le dénouement d’un téléfilm « en costumes » diffusé sur France 2 en décembre 2009, Louis-Dominique Bourguignon, alias Cartouche, « bandit magnifique » du temps de la Régence, échappe miraculeusement – au regard de ce que nous dit l’Histoire – au supplice de la roue pour s’en aller couler des jours paisibles dans les « Indes »... Une fiction, et qui plus est une fiction qui se veut historique, a-t-elle le droit, au nom de la liberté d’inventer et de créer, de ne pas respecter une trajectoire personnelle transformée en destin ? Peut-on, notamment, changer la fin, modifier le dénouement d’une vie, moment capital qui donne sens à toute une existence, pour le seul plaisir fictionnel de faire une « belle fin » ? A priori, « la fin d’un récit d’histoire, programmée du dehors, ne peut être inventée » (Claude Duchet)... Dans ces conditions, pourquoi et au nom de quoi, le réalisateur Henri Helman et ses scénaristes se sont-ils sentis dégagés de toute servitude face à « la bonne vieille vérité des faits » (Yannick Haenel) ? Bien entendu, s’interroger ainsi sur cette stratégie des fins, c’est convoquer inévitablement une foule de questions complexes, auxquelles on ne saurait se soustraire sans avoir toutefois l’ambition de les épuiser : quel(s) rapport(s) la fiction et la réalité historique doivent-elles entretenir ? Que signifie la vérité historique ? Comment et pourquoi lit-on/regarde-t-on de la fiction, et singulièrement de la fiction historique ?C’est une réponse « pragmatique », inspirée notamment des travaux de Jean-Marie Schaeffer, que cet article tente de proposer ici, à partir de trois hypothèses majeures que nous avons soumises au réalisateur lors de l’entretien qu’il a bien voulu nous accorder en 2011 sur ses intentions et celles de la chaîne concernant ce téléfilm. Nous examinons successivement les contraintes en matière de programmation et de format ainsi que les promesses en termes de genre télévisuel qui ont pu peser dans le choix de ce dénouement proprement inouï afin de faire en sorte que les productions télévisuelles soient jugées « du double point de vue de leur généalogie causale (comment sont-elles produites ?) et de leur usage (comment sont-elles utilisées, comment fonctionnent-elles ?) » et pas seulement « dans un questionnement quant à leur vérité » (Jean-Marie Schaeffer).