Un autre genre. À propos d’En finir avec Eddy Bellegueule, d’Édouard Louis

En vogue depuis les années 1980 en France, d’une part pour son apport dans les luttes sociales et politiques, d’autre part grâce aux avancées de la Gender Theory, le genre apparaît cependant comme un concept flou aux psychanalystes qui disposent d’outils théoriques plus précis pour caractériser la...

Täydet tiedot

Tallennettuna:
Bibliografiset tiedot
Päätekijä: Morel, Geneviève
Aineistotyyppi: Article ou chapitre numérique
Kieli:Français
Julkaistu: 2015
Aiheet:
Linkit:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Kuvaus
Yhteenveto:En vogue depuis les années 1980 en France, d’une part pour son apport dans les luttes sociales et politiques, d’autre part grâce aux avancées de la Gender Theory, le genre apparaît cependant comme un concept flou aux psychanalystes qui disposent d’outils théoriques plus précis pour caractériser la clinique du rapport de l’individu au sexe. L’objectif de cet article est alors de déterminer la valeur psychanalytique du concept de genre, sans prétendre que le genre était déjà sous-entendu chez Freud, ce qui serait un anachronisme. La méthode est de partir de dits d’analysants et de la lecture d’un roman autobiographique récent d’Édouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule (Le Seuil, 2014). En s’appuyant sur le concept d’interpellation, avancé par Louis Althusser en 1970 pour caractériser l’idéologie, on examinera le trajet décrit par Édouard Louis dans son ouvrage. On soutiendra l’hypothèse que le genre équivaut aux interpellations, souvent négatives, reçues par l’individu, sa vie durant, quant à son être sexué. Le héros du roman, Eddy, est arrivé à surmonter les insultes qu’il a reçues, enfant et adolescent, grâce à l’invention d’un nouveau rapport à son corps, dans un environnement scolaire et une classe sociale différents. Cette métamorphose a été sanctionnée par le changement de nom de l’auteur, à l’état civil, juste avant la publication de son roman. Nous discutons et contestons la thèse de Judith Butler sur la « réappropriation » des interpellations de genre par un réajustement des identifications, dans son ouvrage de 1997 sur le Discours de haine, en montrant que, bien au contraire, la réappropriation réussie et ludique des interpellations n’a été possible que secondairement à un remaniement subjectif profond lié à un acte irréversible : la décision d’Eddy de ne plus croire en les valeurs qu’on lui imposait.