Métaphysique et théologie : une somme « pour » les gentils
Thomas d’Aquin n’a pas simplement écrit une somme « contre » les gentils (contra Gentiles), mais aussi et surtout une somme « pour » les gentils (pro Gentilibus ). La raison naturelle, unique recours pour les mahométans et les païens lorsqu’il n’y a pas d’Écriture en commun (contrairement aux juif...
Guardado en:
| Autor principal: | |
|---|---|
| Formato: | Article ou chapitre numérique |
| Lenguaje: | Français |
| Publicado: |
2024
|
| Materias: | |
| Acceso en línea: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Sumario: | Thomas d’Aquin n’a pas simplement écrit une somme « contre » les gentils (contra
Gentiles), mais aussi et surtout une somme « pour » les gentils (pro Gentilibus ). La raison
naturelle, unique recours pour les mahométans et les païens lorsqu’il n’y a pas d’Écriture
en commun (contrairement aux juifs et aux hérétiques), n’est pas que le lieu vertical de
l’accès à Dieu ; elle désigne aussi le topos horizontal d’une communauté d’humanité capable
de nous rassembler. La « raison » hier (Thomas d’Aquin) joue le rôle de la « finitude »
aujourd’hui (Heidegger) – à savoir ce qui fait notre « en commun ». Telle est l’unique
perspective d’une apologétique qui ne se tiendra plus dans une sorte de « transcendance de
surplomb » (Merleau-Ponty), comme si l’absolu était immédiatement donné. On cessera
alors d’opposer « métaphysique » et « théologie », dans un discours prétendument pur et
faussement recherché. C’est à transformer la tradition plutôt qu’à la dépasser que nous
convie la leçon du concile de Nicée (325). Le « c’est-à-dire » de la même substance du Père
(homoousios ) traduit bien le biblique en hellénique, plutôt qu’il ne tente de sortir de
l’hellénique comme tel. Ainsi, le fameux « ce que tous nomment Dieu » (et omnes dicunt
Deum ) à la fin de chacune des cinq voies de Thomas d’Aquin indique moins l’idole d’un
Dieu conceptuel à dépasser, que l’icône d’un Dieu rationnel qui, dans sa kénose, habite aussi
notre propre nature pour la transformer. De la théo -logie où « seul Dieu parle bien de Dieu »
(génitif subjectif), on passera donc à la théo-logie où « l’homme peut aussi, et en partie au
moins, parler de Dieu » (génitif objectif). Un nouveau rapport de la métaphysique à la
théologie s’instaure ici, capable d’initier une autre relation du croyant au monde. |
|---|