Les disparitions forcées et la torture à notre époque : un point de vue de la psychologie analytique

Dans ces cas très rares, certaines personnes survivent aux atrocités de l’enlèvement, de l’emprisonnement et de la torture et parviennent même à suivre une psychothérapie, et cette rencontre avec le thérapeute présente des caractéristiques particulières. Dans une phase initiale de thérapie et pendan...

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Detalles Bibliográficos
Autores principales: Luci, Monica, Juvin, Claude
Formato: Article ou chapitre numérique
Lenguaje:Français
Publicado: 2023
Materias:
Acceso en línea:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Descripción
Sumario:Dans ces cas très rares, certaines personnes survivent aux atrocités de l’enlèvement, de l’emprisonnement et de la torture et parviennent même à suivre une psychothérapie, et cette rencontre avec le thérapeute présente des caractéristiques particulières. Dans une phase initiale de thérapie et pendant longtemps, les mots échouent généralement à transmettre le cœur de l’expérience du patient. Ces survivants ont en général un corps tourmenté dans lequel la violence individuelle et collective, la haine, la colère, la culpabilité et la honte sont douloureusement inscrites, et le niveau de dissociation est si élevé qu’ils ont des corps dépossédés, privés d’un agent, mais qui gardent des détails significatifs des expériences traumatisantes. Le contre-transfert corporel devient la seule voie viable pour un thérapeute d’entrer en contact avec l’expérience d’un survivant, à travers une rencontre incarnée, une sorte de communication corps à corps. La centralité du corps dans la thérapie des survivants de la torture suggère que le corps est le récepteur involontaire et le conteneur d’atrocités politiques massives et, pour cette raison, le site où, en cas de violence sociale horrible, la possibilité de la « connaissance » sociale est stockée et peut être récupérée. Ainsi, lorsqu’il s’agit des disparitions forcées, la puissante détermination de pouvoir retrouver les restes des disparus chez les membres de la famille, qui correspond à la certitude d’une version véridique de ce qui s’est passé, rend justice à l’importance du corps en tant que dernier témoin de ce qui s’est passé, au-delà de toute manipulation possible.