Lyotard et le visage sans Levinas
Lorsqu’il écrit sur le « visage », Lyotard – qui est pourtant l’un des meilleurs lecteurs de Levinas, et qui aura mis au travail la pensée de ce dernier pour son propre compte – n’évoque en rien le visage selon Levinas. Il va penser et décrire le visage intégralement dans un contexte merleau-pontien...
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| Język: | Français |
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2015
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| Dostęp online: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
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cairn-RMM_153_0389RMMRevue de métaphysique et de morale https://shs.cairn.info/revue-de-metaphysique-et-de-morale-2015-3-page-389?lang=fr https://doi.org/10.3917/rmm.153.0389 Lyotard et le visage sans Levinas Sebbah, François-David2015 fre Revue de métaphysique et de morale | 87 | 3 | 2015-09-01 | p. 389-400 | 0035-1571 RMM_1536 Lorsqu’il écrit sur le « visage », Lyotard – qui est pourtant l’un des meilleurs lecteurs de Levinas, et qui aura mis au travail la pensée de ce dernier pour son propre compte – n’évoque en rien le visage selon Levinas. Il va penser et décrire le visage intégralement dans un contexte merleau-pontien, comme anonyme visage paysage pris dans la Chair du monde. Pourquoi en est-il ainsi ? Qu’en est-il de cette infidélité majeure ? Je me propose de montrer que cette infidélité – pour ce qu’elle est – relève en fait d’une forme de fidélité. D’une part, parce que dans leurs effets performatifs le visage selon Levinas et le visage selon Lyotard sont fort proches : c’est l’épreuve de l’anonymat qui ipséise et singularise. D’autre part, parce que si Lyotard refuse l’inscription du Commandement dans le sensible comme Visage, refuse donc cette « phase » de la pensée de Levinas, c’est pour, de ce point de vue, être plus fidèle encore au Commandement que ne le serait Levinas. Il s’agit bien là d’une infidélité à la description lévinassienne, d’une manière de ne pas respecter une exigence imprescriptible du point de vue de Levinas ; il n’en reste pas moins que ce souci de préserver le commandement, tant de la pulsion et du désir que du rapt de l’affect sensible, est aussi une forme de fidélité à Levinas.This article pauses and reflects on why Lyotard (who was an avid reader of Levinas) discusses the face in a purely Merleau-Pontyesque context when he explicitly adresses the question of the face. Thus, in the matter of the face, Lyotard was unfaithful to Levinas’s thought. However, I would like to show that the obvious disagreement between Levinas and Lyotard in the issue of the face is, in fact, the result of Lyotard’s deep dedication to Levinas. We attempt to report about Lyotard’s silence on Levinas when he deals with the face ; we also try to explain that point of affinity where both authors tell us of the reorganization of relationships between singularity and anonymity by having the heretofore accepted opposites disintegrate. Keeping in mind this interweaving of the faithfulness and unfaithfulness of Lyotard to Levinas, we should ask ourselves one more question : is it truly necessary to choose between the shock of the ethical demand and the shock of the senses when dealing with the face ?Cairn free access |
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Français |
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Lorsqu’il écrit sur le « visage », Lyotard – qui est pourtant l’un des meilleurs lecteurs de Levinas, et qui aura mis au travail la pensée de ce dernier pour son propre compte – n’évoque en rien le visage selon Levinas. Il va penser et décrire le visage intégralement dans un contexte merleau-pontien, comme anonyme visage paysage pris dans la Chair du monde. Pourquoi en est-il ainsi ? Qu’en est-il de cette infidélité majeure ? Je me propose de montrer que cette infidélité – pour ce qu’elle est – relève en fait d’une forme de fidélité. D’une part, parce que dans leurs effets performatifs le visage selon Levinas et le visage selon Lyotard sont fort proches : c’est l’épreuve de l’anonymat qui ipséise et singularise. D’autre part, parce que si Lyotard refuse l’inscription du Commandement dans le sensible comme Visage, refuse donc cette « phase » de la pensée de Levinas, c’est pour, de ce point de vue, être plus fidèle encore au Commandement que ne le serait Levinas. Il s’agit bien là d’une infidélité à la description lévinassienne, d’une manière de ne pas respecter une exigence imprescriptible du point de vue de Levinas ; il n’en reste pas moins que ce souci de préserver le commandement, tant de la pulsion et du désir que du rapt de l’affect sensible, est aussi une forme de fidélité à Levinas. |
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