Absolutisme théologique et auto-affirmation de l'homme chez Descartes et chez Blumenberg

Le rapport de Hans Blumenberg à la philosophie de Descartes est complexe. La Légitimité des Temps modernes souligne en particulier le rôle essentiel du cogito cartésien dans la constitution de la pensée moderne de l’auto-affirmation de l’homme. La seconde méditation lève ainsi les soupçons sur le...

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Auteur principal: Gontier, Thierry
Format: Article ou chapitre numérique
Langue:Français
Publié: 2012
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spelling cairn-RMM_121_0065RMMRevue de métaphysique et de morale https://shs.cairn.info/revue-de-metaphysique-et-de-morale-2012-1-page-65?lang=fr https://doi.org/10.3917/rmm.121.0065 Absolutisme théologique et auto-affirmation de l'homme chez Descartes et chez Blumenberg Gontier, Thierry2012 fre Revue de métaphysique et de morale | 73 | 1 | 2012-04-17 | p. 65-78 | 0035-1571 RMM_12187 Le rapport de Hans Blumenberg à la philosophie de Descartes est complexe. La Légitimité des Temps modernes souligne en particulier le rôle essentiel du cogito cartésien dans la constitution de la pensée moderne de l’auto-affirmation de l’homme. La seconde méditation lève ainsi les soupçons sur les capacités cognitives de l’homme initiées par la théologie tardo-médiévale de la potentia absoluta Dei . Mais, selon Blumenberg, Descartes recule lui-même devant l’audace de son geste intellectuel, en subordonnant, dans la troisième méditation, la validité de la connaissance à la volonté d’un Dieu tout-puissant. En réalité, les preuves cartésiennes de l’existence de Dieu ne laissent pas place à un tel volontarisme théologique. Elles relèvent d’un registre tout à fait différent de celui de la potentia absoluta des scolastiques, et renouent plutôt avec la potentia infinita des néoplatoniciens antiques et renaissants. Il est donc possible de lever les réserves de Blumenberg en rendant à la métaphysique cartésienne sa place centrale dans la constitution de la modernité philosophique. Mais la modernité que Descartes inaugure n’est pas une modernité autiste, coupée de tout rapport à la transcendance. Elle laisse une place à un éros de l’infini. L’homme se trouve ainsi confronté à une alternative entre la domination technique du monde et le désir de divinisation, qui ne saurait trouver de conciliation au sein d’une synthèse systématique. Hans Blumenberg’s relationship with Descartes’s philosophy is a complex one. The Legitimacy of the Modern Age stresses in particular the essential role of the Cartesian cogito in the formation of the modern thought of self-affirmation of human reason. The second meditation removes suspicions about the cognitive abilities of man initiated by late-medieval theology of the potentia absoluta Dei . But according to Blumenberg, Descartes shrinks back at the audacity of his own intellectual gesture, subordinating, in the third meditation, the validity of knowledge to the will of an Almighty God. In fact, the Cartesian proofs of the existence of God leave no room for such theological voluntarism. They belong to a register quite different from that of the scholastics’ potentia absoluta and rather go back to the potentia infinita of the Ancient and Renaissance neo-platonists. It is therefore possible to lift Blumenberg’s reservations by returning Cartesian metaphysics to its central place in the constitution of modern philosophy. However, the modernity that Descartes inaugurates is not an autistic one, cut off from any relationship with the transcendent. It leaves room to an eros for the infinite. Man is thus faced with an alternative between the technical domination of the world and the desire for deification, which cannot be reconciled within a systematic synthesis.Cairn free access
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description Le rapport de Hans Blumenberg à la philosophie de Descartes est complexe. La Légitimité des Temps modernes souligne en particulier le rôle essentiel du cogito cartésien dans la constitution de la pensée moderne de l’auto-affirmation de l’homme. La seconde méditation lève ainsi les soupçons sur les capacités cognitives de l’homme initiées par la théologie tardo-médiévale de la potentia absoluta Dei . Mais, selon Blumenberg, Descartes recule lui-même devant l’audace de son geste intellectuel, en subordonnant, dans la troisième méditation, la validité de la connaissance à la volonté d’un Dieu tout-puissant. En réalité, les preuves cartésiennes de l’existence de Dieu ne laissent pas place à un tel volontarisme théologique. Elles relèvent d’un registre tout à fait différent de celui de la potentia absoluta des scolastiques, et renouent plutôt avec la potentia infinita des néoplatoniciens antiques et renaissants. Il est donc possible de lever les réserves de Blumenberg en rendant à la métaphysique cartésienne sa place centrale dans la constitution de la modernité philosophique. Mais la modernité que Descartes inaugure n’est pas une modernité autiste, coupée de tout rapport à la transcendance. Elle laisse une place à un éros de l’infini. L’homme se trouve ainsi confronté à une alternative entre la domination technique du monde et le désir de divinisation, qui ne saurait trouver de conciliation au sein d’une synthèse systématique.
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