Comte et Cournot. Une mise en regard biographique et épistémologique

Résumé Cet article propose une comparaison raisonnée des itinéraires intellectuels et des œuvres d’Auguste Comte et d’Augustin Cournot. Ces deux auteurs à peu près contemporains ont laissé à la tradition des sciences sociales des héritages opposés. Le second est réputé pour sa pensée probabiliste et...

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Autor principal: Vatin, François
Formato: Article ou chapitre numérique
Idioma:Français
Publicado em: 2003
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Acesso em linha:Accès Université d'Orléans et IFPM
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spelling cairn-RHSH_008_0009RHSHRevue d'Histoire des Sciences Humaines https://shs.cairn.info/revue-histoire-des-sciences-humaines-2003-1-page-9?lang=fr https://doi.org/10.3917/rhsh.008.0009 Comte et Cournot. Une mise en regard biographique et épistémologique Vatin, François2003 ComteCournotéconomie politiqueépistémologiemécaniqueComteCournotepistemologymechanicspolitical economyfre Revue d'Histoire des Sciences Humaines | 8 | 1 | 2003-03-01 | p. 9-40 | 1622-468X RHSH_00879 Résumé Cet article propose une comparaison raisonnée des itinéraires intellectuels et des œuvres d’Auguste Comte et d’Augustin Cournot. Ces deux auteurs à peu près contemporains ont laissé à la tradition des sciences sociales des héritages opposés. Le second est réputé pour sa pensée probabiliste et pour sa mathématisation de la théorie économique ; le premier récusait la théorie des probabilités et l’économie politique abstraite. Pourtant, leurs œuvres sont très similaires dans leur projet commun d’un parcours général des connaissances humaines, de la mathématique à la science sociale. Après un essai de biographie croisée, on procède à une comparaison d’œuvres sur deux thèmes articulés : le rapport entre « science pure » et « science appliquée » à travers le cas de la mécanique industrielle ; l’organisation générale du savoir et la place qu’y occupe ou pas l’économie politique. On montre que le rejet par Comte des probabilités comme de la théorie économique ainsi que son peu d’intérêt pour les sciences de l’ingénieur procèdent d’une conception fermée de la connaissance qui idéalise la science pure. A contrario, la pensée de Cournot apparaît ouverte sur la science en train de se faire; son probabilisme philosophique et le privilège qu’il accorde à la pensée pratique le protègent de la tentation de clôture philosophique du savoir qui domine la pensée de Comte. C’est ainsi paradoxalement en raison d’un rapport « distancié » aux mathématiques, que Cournot a pu promouvoir leur utilisation dans la pratique théorique, tant en théorie des chances qu’en économie, quand Comte, convaincu du caractère indépassable du formalisme de Lagrange, mettait en garde contre toute extension de telles méthodes au delà de leur domaine historique : la mécanique et la physique mathématique. Il est frappant de voir qu’une telle controverse n’a rien perdu de son actualité. This article presents a reasoned comparison between the intellectual trajectories of Auguste Comte and Augustin Cournot. These two writers, who were contemporaries, bequeathed contradictory legacies to the tradition of social science. The latter author is renowned for his probabilistic theory and his mathematization of economic theory, the former rejected the theory of probability and abstract political economy. Their work is nevertheless similar since they both aim to encompass the whole of human knowledge, from mathematics to social science. After an attempt at drawing a crossed biography, the two bodies of work are compared according to two related themes: the relationship between « pure science » and « applied science » for the case of industrial mechanics, and the general organization of knowledge and the place ascribed or not to political economy. We show that Comte’s rejection both of probability and political economy, as well as his lack of interest in engineering, imply a closed conception of knowledge which idealizes pure science. On the contrary, Cournot’s conception is open to science in progress: his philosophical probabilism and the privilege granted to practical thinking protect him from the temptation of a philosophical closure of knowledge such as is manifest in Comte’s thought. Cournot’s « distanced » relationship to mathematics paradoxically enabled him to promote its use in practical game theory and economics, whereas Comte, convinced that one could not go beyond Lagrange’s formalism, warned against any extension of such methods beyond their historical sphere: mechanics and mathematical physics. It is striking to see that this controversy maintains its relevance today.Cairn free access
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