Comte et Cournot. Une mise en regard biographique et épistémologique

Résumé Cet article propose une comparaison raisonnée des itinéraires intellectuels et des œuvres d’Auguste Comte et d’Augustin Cournot. Ces deux auteurs à peu près contemporains ont laissé à la tradition des sciences sociales des héritages opposés. Le second est réputé pour sa pensée probabiliste et...

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Autor principal: Vatin, François
Format: Article ou chapitre numérique
Idioma:Français
Publicat: 2003
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Sumari:Résumé Cet article propose une comparaison raisonnée des itinéraires intellectuels et des œuvres d’Auguste Comte et d’Augustin Cournot. Ces deux auteurs à peu près contemporains ont laissé à la tradition des sciences sociales des héritages opposés. Le second est réputé pour sa pensée probabiliste et pour sa mathématisation de la théorie économique ; le premier récusait la théorie des probabilités et l’économie politique abstraite. Pourtant, leurs œuvres sont très similaires dans leur projet commun d’un parcours général des connaissances humaines, de la mathématique à la science sociale. Après un essai de biographie croisée, on procède à une comparaison d’œuvres sur deux thèmes articulés : le rapport entre « science pure » et « science appliquée » à travers le cas de la mécanique industrielle ; l’organisation générale du savoir et la place qu’y occupe ou pas l’économie politique. On montre que le rejet par Comte des probabilités comme de la théorie économique ainsi que son peu d’intérêt pour les sciences de l’ingénieur procèdent d’une conception fermée de la connaissance qui idéalise la science pure. A contrario, la pensée de Cournot apparaît ouverte sur la science en train de se faire; son probabilisme philosophique et le privilège qu’il accorde à la pensée pratique le protègent de la tentation de clôture philosophique du savoir qui domine la pensée de Comte. C’est ainsi paradoxalement en raison d’un rapport « distancié » aux mathématiques, que Cournot a pu promouvoir leur utilisation dans la pratique théorique, tant en théorie des chances qu’en économie, quand Comte, convaincu du caractère indépassable du formalisme de Lagrange, mettait en garde contre toute extension de telles méthodes au delà de leur domaine historique : la mécanique et la physique mathématique. Il est frappant de voir qu’une telle controverse n’a rien perdu de son actualité.